1904, le marathon olympique de toutes les fantaisies

Par le 30 avril, 2019

Une poussière invraisemblable, un coureur voleur de pommes et un vainqueur adepte du covoiturage : le 3e marathon de l’ère moderne des Jeux Olympiques fut animé.

Trente-deux coureurs au départ et quatorze à l’arrivée (photo : United Archives/Leemage)

Il fait chaud, très chaud ce 30 août 1904 à Saint-Louis, ville du Missouri (centre est des Etats-Unis) longeant le Mississippi. Mais les 32° et 90% d’humidité n’effraient pas les 32 prétendants à la victoire du marathon olympique, quasiment tous de nationalité américaine ou grecque. Un Français résidant aux Etats-Unis s’est infiltré dans la masse : Albert Corey.

L’organisation de ces 3e Jeux Olympiques de l’ère moderne laisse à désirer, sans compter la tenue des Journées anthropologiques en marge de l’événement qui met à mal le concept d’universalité prôné par Pierre de Coubertin. Ironiquement, les deux premiers athlètes sud-africains participant aux JO sont noirs, et ils sont inscrits sur la liste des partants de ce marathon : Len Taunyane et Jan Mashiani. S’ils sont là, c’est qu’ils participent à la South African World’s Fair exhibit, qui se tient à côté. Tous deux courent pieds nus.

Les deux Sud-Africains ne viennent pas faire de la figuration (photo : DR)

Les trois derniers vainqueur du marathon de Boston sont présents : Sammy Mellor (1902), John Lordon (1903) et Mike Sprint (1904). Les grands coureurs étrangers sont absents, mais un Cubain a fait le déplacement : Felix Carvajal, un facteur mesurant 1,52m. Il a traversé son pays pour collecter assez d’argent et pouvoir participer aux Jeux Olympiques. A son arrivée sur le territoire américain, il dilapide sa fortune dans un jeu de hasard. Contraint de faire du stop jusqu’à Saint-Louis, il se présente sur la ligne de départ avec un béret, des chaussures de ville, une chemise à manches longues et un pantalon. L’un des participants a pitié de lui, trouve une paire de ciseaux et lui arrange un short.

Felix Carvajal, plus ou moins en tenue (photo : britannica.com)

Les coureurs partent à 15 heures et ont 40km à parcourir. Sur les routes de campagne qu’ils empruntent, les voitures soulèvent tellement de poussière que les organismes sont mis à mal. L’athlète américain William Garcia en ingurgite trop et est emmené à l’hôpital. Il y passe plusieurs jours, frôlant la mort.

Il n’y a qu’un seul point d’eau répertorié sur le tracé : un puits situé au 20e kilomètre. Les conditions écrasent les athlètes. Frederick Lorz, qui s’entraîne la nuit parce que maçon le jour, prend la tête de la course mais s’arrête autour du 15e kilomètre. Len Taunyane est poursuivi par une meute de chiens pendant plusieurs minutes, et doit prendre des chemins de traverse. Il met du temps à retrouver le parcours. Pendant ce temps-là, Carvajal discute avec les spectateurs et va manger quelques pommes dans un verger alentour. Mais, probablement pourries, elles seront à l’origine de violentes crampes d’estomac sur la fin de sa course.

On n’est pas vraiment sur de l’asphalte (photo : DR)

Au 29e kilomètre, Thomas Hicks se sent mal. Largement en tête, il avale de la strychnine mélangée à un blanc d’oeuf, potion prescrite par ses entraîneurs. A peine 5 kilomètres plus loin, il avale la même dose de poison, cette fois mélangée à de l’eau-de-vie. Il demande à manger, on lui refuse. Il a des hallucinations. Il court tel un zombie.

Frederick Lorz, lui, est déjà arrivé. Il a bouclé le parcours en 3h13 et arrive dans le stade, triomphal. Un Américain a remporté le marathon. La fille du président américain, Theodore Roosevelt, place une couronne sur son crane. Lorz est proche de baisser la tête pour recevoir sa médaille d’or lorsque la supercherie est dévoilée : le coureur a fait la moitié du parcours en voiture ! Il s’est remis à courir lorsque celle-ci est tombée en panne. Les applaudissements se transforment en huées. Lorz plaide la blague et affirme qu’il n’aurait jamais accepté la médaille. Il est disqualifié.

Thomas Hicks au bout de sa course (photo : DR)

Derrière, Hicks est le premier à surgir dans le stade, dans un état proche de l’abandon. Sur les derniers mètres, ses entraîneurs le portent à bout de bras pendant qu’il continue de bouger les pieds, simulation de course dans le vide. Il remporte le marathon en 3h28.

Six minutes plus tard, Albert Corey termine le sien pour se placer en 2e position. Carvajal termine 4e, les deux Sud-Africains 9e et 12e

Un an plus tard, au mythique marathon de Boston, Fred Lorz évite les frais de covoiturage et finit à la régulière sur la première marche du podium, bouclant le parcours en 2h38. Cinquante minutes plus vite que Thomas Hicks en 1904. Les conditions de ce 3e marathon olympique étaient-elles bien raisonnables ? 

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