En 1980, le crash d’un avion tue 14 jeunes boxeurs

Par le 28 janvier, 2019

L’accident d’avion qui a (probablement) coûté la vie au joueur de football Emiliano Sala n’est pas un cas isolé. Il y a presque 40 ans, une vingtaine de membres de l’équipe américaine de boxe olympique périssaient en Pologne, dont plusieurs grands espoirs.

Dans son premier (et excellent) roman intitulé Constellation*, Adrien Bosc retrace le destin des 48 victimes – 37 passagers et 11 membres d’équipage – du vol Paris-New York du 28 octobre 1949, anonymes comme célébrités, parmi lesquelles le boxeur Marcel Cerdan, la violoniste Ginette Neveu et l’artiste Bernard Boutet de Monvel. L’écrivain met en lumière l’incertitude de la condition humaine : ainsi plusieurs voyageurs initialement destinés à prendre place dans l’avion ont-ils été recalés au dernier moment pour laisser y entrer Cerdan, son manager Jo Longman et son ami Paul Genser. Cette éviction leur a sauvé la vie.

En mars 1980, Bobby Czyz connaît un destin à peu près similaire. Ce boxeur aux 26 matchs de carrière amateur jouit d’une belle réputation au sein du milieu et doit rejoindre la Pologne afin de préparer avec ses coéquipiers américains les Jeux Olympiques, organisés à Moscou quatre mois plus tard. Quelques jours avant le départ, le jeune homme âgé de 18 ans est victime d’un accident de voiture. Blessé, il doit rester aux Etats-Unis.

La semaine suivante, Czyz (photo ci-dessus) est chez lui lorsqu’il reçoit un appel de son père. « Je m’en souviens comme si c’était hier. Il me dit : ‘Tu te rappelles de ce voyage en Pologne où tu étais supposé aller ? Tous les passagers de l’avion sont morts.’ Les gens plaisantent toujours au sujet d’un frisson qui leur parcourt le dos dans certaines situations, mais c’est littéralement ce qui m’est arrivé à ce moment-là. »

87 personnes – 37 passagers et 10 membres d’équipage – périssent dans le LOT Flight 007.

Le 13 mars, cet avion baptisé Mikolaj Kopernik doit quitter l’aéroport JFK de New York vers 19h ; une tempête de neige retarde finalement son départ de deux heures. Le vol se déroule normalement et l’engin approche de l’aéroport Okęcie de Varsovie. L’équipage a la piste en vue mais s’aperçoit que le voyant du train d’atterrissage ne fonctionne pas. Il demande à la tour de contrôle l’autorisation de ne pas se poser immédiatement afin de vérifier si la faille est mécanique. Puis, neuf secondes plus tard, le néant.

Peu d’expérience mais beaucoup de confiance

Les pilotes perdent le contrôle et l’avion s’écrase à 380km/h contre les douves d’une forteresse militaire, à moins d’un kilomètre de la piste de l’aéroport et à 100m d’une zone résidentielle. Le commandant de bord, Paweł Lipowczan, parvient au dernier moment à éviter un établissement pénitentiaire pour adolescents.

Parmi les 87 victimes figurent l’ethnomusicologue américain Alan P. Merriam, la chanteuse polonaise Anna Jantar et 22 membres de l’équipe américaine de boxe olympique, dont l’entraîneur Thomas « Sarge » Johnson. Quatre ans après avoir fait partie du groupe olympique de 1976 lauréat de cinq médailles d’or (Leo Randolph, Howard Davis, « Sugar » Ray Leonard, Michael Spinks et Leon Spinks), il accompagnait ses quatorze boxeurs pour l’aventure européenne.

La majorité de ces (très) jeunes hommes avaient engrangé peu d’expérience – leur moyenne d’âge flirtait les 20 ans – mais beaucoup de confiance : Byron Payton, 16 ans, avait remporté ses 40 derniers matchs de boxe ; Andre McCoy (photo ci-dessus), 19 ans, champion de la Nouvelle-Angleterre (Etat du nord-est des Etats-Unis), avait participé aux Spartacade Games l’année précédente, à Moscou, d’où il avait ramené la médaille d’argent ; Lemuel Steeples (photo ci-dessous), 23 ou 24 ans, champion en titre des Etats-Unis dans la catégorie des mi-moyens, avait remporté les Jeux panaméricains à Porto Rico en 1979. Sans présumer un succès à la hauteur de leurs aînés, les qualités de ce groupe américain suscitaient quelques espoirs.

Ironie de l’histoire (avec un grand ou un petit h), jamais ces pépites n’auraient concouru aux Jeux Olympiques de Moscou. Les Etats-Unis boycottèrent l’évènement en raison de l’invasion soviétique en Afghanistan.

Outre Czyz, deux autres boxeurs réchappent à la mort ce jour-là : Jimmy Clark et Marvis Frazier. Le premier rate son vol à cause d’une visite familiale, le second est interdit de voyage par son père Joe Frazier, phobique de l’avion – ce qui lui fait dire : « Tu vois, fils, je t’ai dit que ces avions te tueront ».

Quant à Bobby Czyz, il devient champion du monde des poids mi-lourds WBA en 1986, puis des lourds-légers WBA en 1991. 

Photographies : capture d’écran Youtube ; DR

*Constellation, d’Adrien Bosc, Editions Stock, 2014.

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