3 documentaires sur le football

Par le 15 juin, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui, ce n’est pas une, ni deux, mais trois (!) documentaires sur le football dont on va parler.

Coach Zoran and his African Tigers (GB, 2014, 1h15)

En 40 ans de carrière, le Serbe Zoran Dordevic a entraîné au Koweit, aux Emirats arabes unis, au Qatar, en Iran, au Bahrain, en Arabie Saoudite, au Yemen, au Soudan, en Serbie, en Inde, au Bangladesh, en Syrie, et on en oublie peut-être. Une grosse vingtaine de clubs/sélections, rarement plus de deux ans, et pas toujours avec un grand succès.

En 2012, il est appelé par la Fédération de football du Soudan du Sud, Etat nouvellement créé et qui a besoin d’une équipe pour briller. Le vice-président du pays veut une qualification en Coupe d’Afrique et en Coupe du monde.

Le réalisateur britannique, Sam Benstead, suit ses premiers pas à la tête de la sélection, leur tout premier match international (et amical) face à l’Ouganda, et leur premier tournoi régional. En parallèle, il dessine le portrait de quelques joueurs.

Le début du film nous présente la situation générale sous un angle plutôt comique, illustré par une musique un peu bouffonne. Comme cette scène où Dordevic requiert une voiture pour aller superviser les joueurs dans des territoires retirés. Le président de la Fédération lui demande s’il veut un chauffeur. Dordevic refuse, il veut conduire lui-même et il s’aider de cartes. « Non, ce n’est pas l’Europe, il n’y a pas de cartes ». Le Serbe fait alors le tour des bibliothèques et des institutions pour trouver des cartes. Il obtient une voiture, qu’il ne parvient pas à faire démarrer. Il finit par prendre le bus…

Malgré le caractère bien trempé et l’expérience du personnage, il sait qu’il n’a pas la partie facile au sein d’un pays, d’une Fédération et d’un peuple en construction. Les tribunes du stade sont par exemple peintes deux jours avant le premier match international de l’équipe. Tout est à bâtir. Et des dissensions se font peu à peu sentir.

Le film brille autant grâce aux punchlines de Zoran Dordevic que pour son regard assez juste sur des joueurs résolument optimistes mais dépourvus de moyens. L’un d’entre eux, Hassan, dont on a découvert peu avant le quotidien très précaire, est appelé par un club canadien pour y faire un essai de deux semaines. A la clé, peut-être, un contrat professionnel. La chance de sa vie. Pour s’extraire de la pauvreté qu’il a toujours connue. La caméra le suit, découvrant les rues, les gratte-ciels, le métro de Toronto. Eloigné de sa famille et de son pays, mais déterminé à changer d’existence. Au-delà de la simple histoire d’un sélectionneur de football qui prend les rênes d’une équipe dans un pays naissant, le film raconte celles et ceux qui le composent et qui aspirent à autre chose.

Johan Cruyff – En un Momento Dado (PB, 2004, 1h30)

Le film s’ouvre sur une conférence de presse donnée par Johan Cruyff (l’entraîneur) au cours de laquelle il prononce En un momento dado comme traduction littérale d’A un moment donné – ce qui, à en croire la réaction des journalistes, n’est pas la bonneL’expression est restée, et symbolise l’héritage sportif, culturel et identitaire laissée par Cruyff sur Barcelone et la Catalogne.

Le réalisateur, Ramon Gieling, interviewe des gens de la société civile (cuisinier, restaurateur, cardiologue, journaliste, écrivain…) à qui il demande de se remémorer un souvenir lié à Cruyff et de reproduire un geste typique du Batave. L’ensemble est un peu bancal, et l’intérêt des réponses varie en fonction des interlocuteurs, mais le film a le mérite de rendre compte de l’influence du footballeur, puis de l’entraîneur, sur toute une région. Elle excède le cadre sportif. Un homme loue les vertus offensives prônées par le Néerlandais et qu’il s’est appliquées à lui-même, tandis qu’un autre a appris à se relever d’une défaite, notamment d’un point de vue sentimental.

Les quinze dernières minutes consistent en une interview de Johan Cruyff par le réalisateur, dans laquelle il parle de Barcelone, de culture catalane, de la mort de son père, de la défaite en finale contre l’Allemagne à la Coupe du Monde 1974 : « La défaite nous a rendus plus célèbres qu’une victoire ne l’aurait fait ».

Once in a Lifetime : the Extraordinary Story of New York Cosmos (EU, 2006, 1h30)

Seul des trois documentaires à contenir une voix off – celle de l’acteur Matt Dillon –, le film se veut avant tout le récit d’une équipe, d’un club, d’une époque. Grâce à un montage très dynamique (split-screens, effets visuels soutenus par une musique quasi-permanente…), les deux réalisateurs Paul Crowder et John Dower cherchent à divertir le spectateur. Et pour celles et ceux qui ignorent tout du New York Cosmos, le but est accompli.

Le club est fondé au début des années 70 et soutenu par Steve Ross, le président de Warner Communications. Désireux de faire du football le nouveau sport à la mode aux Etats-Unis, il attire Pelé, Chinaglia, Beckenbauer, Carlos Alberto, Neeskens, entre autres. Ces joueurs sont appâtés par le gain, bien sûr, mais aussi par la découverte des Etats-Unis, par la naissance d’une culture footballistique alors proche du néant, et par la cohabitation avec des joueurs de différentes nationalités – une telle diversité était inédite en Europe. Le triomphe du Cosmos coïncide avec celui de la NASL (North American Soccer League), qui périclite en même temps que les contrats des stars s’achèvent, la couverture télévisée d’ABC ayant fait flop.

Le film alterne les interviews de nombreux acteurs de l’époque (excepté Pelé) avec des archives, décrites et commentées par la voix off. Plus anecdotique que les deux autres, au sens où il s’en tient assez strictement à son sujet, il est certainement le plus amusant à regarder.

DVD édité par BAC Films

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