Football

Alex Ferguson – mon autobiographie

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Alex Ferguson – mon autobiographie (GB, 2013).

J’ai été tellement immergé dans le sport durant ma vie professionnelle que j’ai eu tendance à ne pas lire beaucoup de livres sur le sujet. Mais il y a quelques références sur les étagères. En lisant When Pride Still Mattered, la biographie de Vince Lombardi, grand entraîneur des Green Bay Packers (NFL), signée David Maraniss, j’ai pensé : « Il parle de moi, je suis exactement comme Lombardi ». La même obstination. Je pouvais me retrouver dans l’une des plus grandes citations de Lombardi : « Nous n’avons pas perdu le match, nous avons simplement manqué de temps ».

Deuxième autobiographie « écrite » par Alex Ferguson, légendaire manager de Manchester United (1986-2013), le livre évoque ses souvenirs de la période 2000-2013 – 18 trophées en 13 saisons : son choix de quitter MU en 2001, son choix de revenir sur sa décision en 2002, la reconstruction de son équipe, ses relations avec ses joueurs (Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney, Robin van Persie par exemple), ses matchs contre Barcelone en Ligue des Champions, les arbitres, son embargo de la BBC, etc.

C’était l’époque des mèches blondes pour Cristiano (photo DR)

Il raconte avec force détails la façon dont ses rapports avec David Beckham et Roy Keane (notamment) se sont détériorés au fil des années, justifiant ses décisions de les vendre par l’échec de les réintroduire au sein de l’équipe. En bref : ces deux joueurs ont été virés pas seulement parce qu’ils ne s’entendaient plus avec moi, mais parce qu’ils mettaient également la dynamique collective en danger.

Un seul joueur passé sous mes ordres n’était absolument pas affecté par ses erreurs : David Beckham. Il pouvait livrer le pire des matches et croire qu’il n’avait pas réalisé une contre-performance. Il vous rembarrait, vous disait que vous aviez tort. Il se protégeait d’une façon incroyable. Je ne sais pas si cette bulle était conçue par son entourage mais il n’admettait jamais avoir fait un mauvais match ou commis une erreur.

Vous deviez admirer cela. C’était une grande qualité. Peu importe le nombre d’erreurs qu’il pouvait commettre (à mes yeux, pas aux siens), il voulait toujours la balle. Sa confiance n’a jamais été altérée. Les baisses de régime sont naturelles chez tous les footballeurs et chez beaucoup de managers. Qu’elle soit émise par le grand public, la presse ou les fans, la critique transperce toujours l’armure.

La partie la plus dure du corps de Roy est sa langue. Ses mots vous font très mal. Avec son verbe, il peut déstabiliser la personne la plus confiante au monde en quelques secondes. Ce que j’ai noté ce jour-là, alors qu’on se disputait, c’est que ses pupilles commençaient à rétrécir, devenant presque de petites perles noires. C’était effrayant à regarder. Et je viens de Glasgow.

Si Alex Ferguson s’est depuis réconcilié avec Beckham, sa relation avec Keane demeure apparemment glaciale. Il sait pourtant complimenter ses joueurs, y compris ceux qui n’ont pas eu le rendement espéré sous ses ordres. C’est le cas de Diego Forlan (flop mémorable) et de Louis Saha (blessures récurrentes).

Forlan célébrant l’un de ses 17 buts sous le maillot rouge (photo DR)

Un grand joueur. (…) Un professionnel admirable. (…) Toujours souriant. Il parlait cinq langues. Humainement, c’était une bouffée d’air frais. (…) Diego flottait au-dessus du terrain. Il était petit mais bien développé dans le haut du corps, robuste. C’était un très bon joueur de tennis qui aurait pu passer professionnel dans cette discipline.

De tous les avants-centres que nous avons engagés, Saha a été l’un des meilleurs en terme de talent (capacité de jouer des deux pieds, bon jeu aérien, souplesse, vitesse, puissance).

Les qualités humaines qu’on lui prête – à juste titre – et l’attachement à Manchester sont sans doute à l’origine de la magnanimité de Ferguson pour les Glazer, devenus propriétaires vénaux du club qui l’emploie au mitan des années 2000. Comprenant la frustration des supporters au moment du rachat, l’Ecossais agit alors en bon père de la famille United et se porte garant des valeurs historiques du club. Quelques passages trahissent néanmoins un mariage de raison avec la cause économique. Si le football est devenu une industrie, Ferguson en est désormais un des maillons.

Le mercredi 18 juin 2003, nous avions informé la Bourse qu’il [David Beckham] rejoignait le Real Madrid pour 24,5 millions de livres.

Phil Neville, John O’Shea, Kleberson et Eric Djemba-Djemba (photo Tom Purslow/MU)

Malgré les 45 erreurs factuelles, la lecture se fait plaisante, bien que le chapitrage ne soit pas toujours pertinent. Un supporter/suiveur régulier de Manchester United n’apprendra rien de transcendant, mais appréciera l’éloge constant du collectif et des « petits » joueurs.

Phil [Neville] aurait fait n’importe quoi pour l’équipe. Il pensait uniquement à elle. La plupart du temps, s’il devait jouer un rôle limité, il trouvait une raison de s’en satisfaire. Phil jouait un grand rôle là où nous avions besoin de stabilité. Il était très discipliné. C’était l’un de ces joueurs auxquels on pouvait dire : « Je veux que tu montes cette colline puis que tu reviennes couper cet arbre. » Il aurait répondu : « Très bien, boss, où est la scie ? »