Handball

CDM féminin de handball 2003 : des victoires à l’arrachée (1/2)

Troisièmes des championnats d’Europe en 2002, les handballeuses françaises abordent les championnats du monde en Croatie avec confiance. Retour sur cette compétition grâce à quatre voix qui l’ont vécue.

Les personnages

[1] Stéphanie Cano, ailière au Slagelse DT (Danemark), en Equipe de France depuis 1993

[2] Valérie Nicolas, gardienne de but au Viborg HK (Danemark), en Equipe de France depuis 1995

[3] Nodjialem Myaro, arrière au KIF Kolding (Danemark), en Equipe de France depuis 1996

[4] Raphaëlle Tervel, ailière à l’ES Besançon, en Equipe de France depuis 1998

Acte 1 : le noyau dur

A quoi ressemblait le handball féminin il y a 20 ans ? Les règles ont peu évolué : il y avait déjà un ballon, quatorze joueuses sur une surface de jeu longue de 40m et large de 20m. Mais le passage au 21e siècle fait basculer la discipline dans un autre monde : le professionnalisme. « A la fin des années 90, beaucoup de joueuses ne sont pas payées. Il y a parfois des indemnités, des défraiements, mais personne ne vit du handball. » [1] Certaines sont étudiantes, d’autres ont un petit boulot à côté. Pour autant, les Françaises ne nourrissent aucun complexe d’infériorité par rapport à des nations plus développées. « Quand on rentrait sur le terrain, on ne demandait pas à nos adversaires le montant qu’elles touchaient à la fin du mois. On jouait par plaisir, et parce qu’on avait envie de représenter la France. On se battait avec cet état d’esprit ; on ne partait jamais battues d’avance. » [2]

Dix des seize sélectionnées pour le Mondial 2003 jouent soit à Metz, soit à Besançon, les deux clubs qui dominent le championnat de France de l’époque. « C’était une grande rivalité entre clubs, mais une fois en Equipe de France, on s’entendait bien. » [4] Le groupe ainsi constitué vit ensemble depuis plusieurs années, se connaît bien, a l’expérience de plusieurs grandes compétitions derrière lui : une finale perdue après deux prolongations contre la Norvège aux championnats du monde 1999 et une troisième place aux championnats d’Europe 2002. « C’était une équipe mature, avec ses moments joyeux et ses moments douloureux. Elle avait son vécu. » [3] Comme dans tout collectif, des anciennes arrêtent, des jeunes les remplacent, mais l’ossature varie peu : la moitié des joueuses présentes en 2003 étaient déjà sur les terrains en 1999.

« On voulait construire notre histoire. »

En place depuis 1998, l’entraîneur Olivier Krumbholz grandit en même temps que ses protégées. « Son arrivée a été un gros changement, à la fois dans l’exigence et dans l’investissement. Je crois que c’était notre premier coach professionnel. Il a demandé à ce que les filles soient rémunérées, qu’elles puissent être détachées de leurs clubs et avoir des primes. » [1] Cette évolution nécessaire contraste avec un mode de management autoritaire et hermétique. « Il faisait ses choix, ne partageait pas énormément, ne nous laissait pas beaucoup de libertés. Il ne nous faisait pas spécialement confiance. » [2] La personnalité de Krumbholz, plus ouverte aujourd’hui, est alors en phase avec les usages. « C’était le management de cette époque. On n’avait pas notre mot à dire. C’était très directif. » [4]

Le 4 février 2001, les garçons devenaient champions du monde pour la deuxième fois de leur histoire. Une « source d’inspiration » [3] pour leurs homologues féminines, un succès « qui donne envie » [1]. Ce n’est toutefois pas le moteur de leur ambition. « Les garçons avaient leur histoire, on voulait construire la nôtre. » [3]

Nodjialem Myaro (à gauche) et Isabelle Wendling

Acte 2 : le tournoi

Les trois premiers de chaque groupe de six sont qualifiés pour le tour principal. Sauf cataclysme, la France a le niveau pour passer. Et même pour finir première de son groupe A, devant son principal adversaire : l’Espagne. « C’était toujours chiant de jouer contre elles. Il ne fallait pas se rater. » [4] En 2001, les deux équipes s’étaient rencontrées en huitièmes de finale des championnats du monde. Les Françaises s’étaient imposées 32-25. « On avait bien préparé cette confrontation, avec pas mal de vidéos. Olivier Krumbholz avait beaucoup misé sur ce match-là en nous disant que si on le gagnait, on avait la possibilité d’aller loin. » [2] Valérie Nicolas et ses coéquipières reçoivent le message : 28-25. « Ça nous a mis sur une bonne dynamique. » [2]

« Notre point fort, c’était incontestablement la défense. On avait pas mal de systèmes qui pouvaient faire déjouer l’adversaire : une 0-6, une 1-5, une 1-5 décalée… Des dispositifs qui permettaient aussi les contre-attaques. On s’est reposé là-dessus durant tout le tournoi. » [3] Les trois matchs de poule suivants, contre le Brésil (+18), l’Australie (+20) et la Croatie (+8), ne présentent aucun danger. « On a fait un peu le spectacle. » [2] La dernière confrontation face à la Serbie-et-Monténégro doit décider du classement. Les filles ne tremblent pas : 27-25. La France rejoint le deuxième tour en très bonne place.

« Je mets un tir qui n’existe pas de mon aile. Un tir de rage. »

Elles se retrouvent en effet dans un groupe de six équipes avec l’Espagne et la Serbie-et-Monténégro (respectivement 2e et 3e du groupe A) ainsi que les trois premières du groupe B : la Russie, la Corée du Sud et l’Autriche. Elles démarrent avec quatre points, soit ses deux victoires contre l’Espagne et la Serbie-et-Monténégro.

La France s’incline contre la Corée du Sud, 25-27, mais se rebiffe contre l’Autriche, 28-25. Avant son dernier match contre la Russie, cinq équipes se tiennent en deux points. « C’était une rencontre très importante, mais je n’avais pas peur. » [2] Championnes du monde en titre, les Russes n’ont pas de quoi effrayer les Françaises qui les ont battues dans le match pour la 3e place de l’Euro 2002. Les Bleues réitèrent leur performance et signent une victoire à l’arrachée : 20-19. « On avait des joueuses assez vicieuses, qui avaient le sens du jeu. Elles avaient sans cesse envie de piéger et de mettre en difficulté l’adversaire. Elles étaient intelligentes et savaient anticiper les courses. On n’avait pas des qualités techniques aussi développées qu’aujourd’hui, mais on se défendait avec les nôtres. » [2]

Sandrine Delerce face à l’Ukrainienne Myrana Verhelyuk

L’Ukraine se présente face à elles en demi-finale. « On n’est pas du tout confiantes parce que c’est une équipe qui nous colle aux basques. On est énormément tombées contre elles dans les qualifications de grands championnats. Ça s’est toujours joué à très peu. » [1] Les Françaises ont du mal à rentrer dans leur match, prennent un 4-0 après dix minutes mais limite la casse à la mi-temps : 10-13. Le match se durcit, Myriam Borg-Korfanty sort du terrain avec un oeil au beurre noir, les Bleues reviennent à 17-17. Les deux équipes ne se quittent plus. 25-25.

Première prolongation. Seuls deux buts sont marqués sur les dix premières minutes. 26-26. Deuxième prolongation. « Je ne touche pas un crayon de tout le match, j’avais l’impression de ne servir à rien. Sur la fin, ça se tend énormément, les ballons me sont servis, et je mets un tir qui n’existe pas de mon aile. Un tir de rage. J’en mets un deuxième juste après. La situation se débloque. Je ne me rappelle que de ça. » [1] 28-26. La capitaine qualifie la France pour la deuxième finale mondiale de son histoire.

La première s’était jouée en 1999 contre la Norvège, pays-hôte et championne d’Europe en titre. Les Françaises s’étaient inclinées après deux prolongations (18-18, 21-21, 24-25). Cette fois, ce sera la Hongrie. « On s’en souvient vraiment, de cette finale. C’était magnifique. » [4] 

(A suivre dans la deuxième partie)

Photographies : Hrvoje Polan/AFP ;  Attila Kisbenedek/AFP ; Jamie McDonald/Getty Images