Billard

La couleur de l’argent

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : La couleur de l’argent (The color of money, EU, 1986).

Eddie Felson (Newman), ancien joueur de billard, fait la connaissance d’un roi de la queue, Vincent (Cruise), et de sa petite amie Carmen (Mastrantonio). Il les initie à des petites combines pour se faire de l’argent sur le dos de joueurs crédules.

Mais Vincent a plusieurs défauts : il est égoïste ; il est très jaloux ; il est susceptible. Avouez que ça fait beaucoup. Les combines d’Eddie ne sont dès lors pas très efficaces.

Paul Newman (ci-dessus en train de regarder Thierry Beccaro jouer la boule noire) reprend le rôle qu’il avait endossé 25 ans auparavant dans L’arnaqueur, de Robert Rossen. Il y jouait un prodige du billard qui n’avait qu’une idée en tête : battre Minnesota Fats. Vingt-cinq ans plus tard, ses rêves ont évolué mais pas son œil. Et lorsqu’il aperçoit Tom Cruise dans ce bar, c’est la révélation.

Nous avons ici deux stars du cinéma américain dont les courbes de carrière s’inversent. Bien que Newman reçoive un Oscar pour ce rôle et qu’il incarne encore quelques beaux personnages durant les années 90, sa carrière est derrière lui. Celle de Cruise, en revanche, commence clairement à décoller – Top Gun sort la même année. Les deux sont parfaits (qui en douterait ?).

On aperçoit Forest Whitaker et John Turturro, deux petits rôles pour deux jeunes aspirants de l’époque. Tourner devant la caméra de Scorsese, c’est toujours bon à prendre.

Quant à Mary Elizabeth Mastrantonio, c’est son deuxième rôle au cinéma après celui de la petite sœur d’Al Pacino dans Scarface, de Brian de Palma. On a connu des débuts de carrière plus catastrophiques.

La couleur de l’argent, dixième !

Martin Scorsese dirige là son dixième film. Il a déjà réalisé Mean Streets, Taxi driver, Raging Bull, entre autres. Autant dire qu’en 1986, c’est déjà un gars sûr du cinéma américain.

Comme d’habitude chez Scorsese, le choix des titres musicaux ne fait pas tâche.

Ça joue beaucoup au cours du film, et très bien. Depuis qu’on sait que Tom Cruise réalise lui-même toutes (ou presque) les cascades de son personnage sur les films Mission : Impossible, il n’est pas surprenant de lire qu’il a installé un billard dans son appartement de l’époque pour s’y entraîner et exécuter la totalité des coups qu’il joue à l’écran – excepté un, et un seul, un coup vraiment tordu qu’il aurait mis vraiment trop de temps à apprendre, selon Scorsese. Son perfectionnisme ne date donc pas d’hier. Il autorise en tout cas le cinéaste à filmer des scènes en longueur.

Bref, c’est un très bon film sur le sport. Ce qui n’en fait pas forcément un très bon film tout court. Le scénario sans surprises réduit les chances de se lever de son siège. Reste la performance des actrices et acteurs, et la capacité de Scorsese à garnir sa mise en scène de quelques sucreries – bien qu’on en aurait aimé davantage.

DVD et Blu-Ray édités par Touchstone