Cristobal Huet : « J’essayais juste d’être un bon gardien » (1/2)

Par le 10 septembre, 2018

On l’attendait à Lausanne, il était à Yverdon-les-Bains. Une autre cité lacustre suisse, mais plus au nord. En cette toute fin juillet, la grande patinoire de la première n’étant pas disponible, les professionnels du Lausanne Hockey Club reprennent les fondamentaux sur la glace nettement plus modeste de la seconde. Djibril Cissé ayant récemment quitté la ville, Cristobal Huet, surnommé Cristo par tous les initiés, est le Français le plus célèbre des alentours. Après plus de 20 ans sur les patins, dont une petite dizaine dans la prestigieuse ligue nord-américaine, la NHL, le gardien de but démarre une nouvelle carrière d’entraîneur. L’occasion de revenir avec lui sur ses débuts chez les Brûleurs de Loups, sur l’Equipe de France et sur les spécificités de son poste de gardien de but.

Le hockey sur glace, c’est venu comment ?

Cristobal Huet : Mon père avait vu les Jeux Olympiques de 1968 à Grenoble, et il avait adoré ce sport. Mon frère a commencé à jouer, et je l’ai un peu suivi. J’ai donc débuté aux Brûleurs de Loups, à Grenoble, où j’y suis resté jusqu’à mes 22 ans. J’y ai gravi tous les échelons. J’ai eu de la chance que le club ait confiance en moi et qu’il m’incorpore dans l’équipe première assez tôt. A 16 ans, je faisais déjà les entraînements avec les professionnels. A 18-19 ans, j’étais dans le collectif.

Être gardien, c’était un vrai désir ou un poste par défaut ?

Cristobal Huet : Je pense que je voulais faire un peu différent de mon frère, qui était attaquant. Je ne me souviens pas exactement comment ça s’est passé, mais avec le recul, ça me convient très bien.

Est-ce que vous voyez des similitudes avec le gardien de football ou de handball ?

Cristobal Huet : Oui. Tout est un peu différent, mais la base, ça reste quand même un ballon ou un palet qu’on doit faire rentrer dans une cage. La façon de penser le poste est similaire. Un gardien de football fait moins d’arrêts qu’un gardien de handball, qui fait encore moins d’arrêts qu’un gardien de hockey, mais leur empreinte sur un match est similaire. Un seul arrêt peut tout changer. Et puis on travaille de la même façon : les réflexes, la lecture du jeu, la flexibilité, l’explosivité. Il y a évidemment des choses un peu différentes avec les patins et la glace, mais ça revient au même. Quant à la canne, c’est du carbone, c’est très léger. C’est notre troisième bras.

Après Grenoble, vous décidez de partir à Lugano, en Suisse. Pour quelles raisons ?

Cristobal Huet : Gagner avec Grenoble et partir après, c’était top. Ça m’aurait vraiment embêté de ne pas remporter la coupe Magnus, pour le coup. On avait une grosse équipe. Si je pars en Suisse, c’est pour me confronter à mieux, rentrer dans le système professionnel. J’avais un entraîneur des gardiens à plein temps, là-bas. A l’époque, c’était même pas une question de salaire, j’étais sous-payé pour la Suisse et je ne gagnais pas mieux qu’à Grenoble. C’était un moyen de me faire voir ailleurs.

Vous aviez l’ambition de rejoindre la NHL un jour ?

Cristobal Huet : Je ne rêvais pas de ça. Quand le coach des gardiens de Lugano me demandait si je voulais jouer en NHL, je le prenais pour un fou. J’essayais juste d’être un bon gardien.

Là-bas, vous avez côtoyé Philippe Bozon, l’un des plus grands joueurs de l’histoire du hockey français. Qu’est-ce qu’il représentait pour vous ?

Cristobal Huet : C’était un peu le leader de la génération précédente, et le fer de lance du hockey français. J’étais déjà au club quand il est arrivé, et je le côtoyais en équipe nationale. Il m’a invité chez lui. C’était bizarre pour moi de devenir proche d’un tel mec. C’est dommage parce qu’on a perdu deux finales ensemble, mais c’est un joueur qui marque. On a eu de la chance qu’il soit Français et qu’il ait donné une certaine culture du hockey pour notre génération. Des valeurs de sacrifice et de courage.

« La France n’est pas une grosse nation du hockey, mais on avance doucement. »

De tous les championnats du monde auxquels vous avez participé avec l’Equipe de France, votre meilleure place est huitième, en 2014. Vous avez des regrets à ce niveau ?

Cristobal Huet : Je suis content d’avoir fait huitième ! C’est pas facile de rentrer dans le top 8, avec des équipes qui sont établies. J’espère que dans le futur, ça se fera. On revient de loin, avec le hockey français, on a beaucoup progressé. Maintenant, il y a des joueurs qui jouent en NHL, dans le championnat russe, suédois… On est encore trop dépendant d’eux, on n’a pas la base des autres pays, mais on joue tous les matchs pour les gagner, même contre les grosses nations. C’est quand même un gros changement par rapport à une dizaine d’années. On n’est pas une grosse nation du hockey, mais on avance doucement.

Il faut du temps ?

Cristobal Huet : Le hockey, c’est assez compliqué à faire tourner. La culture doit se créer. Le championnat français est de mieux en mieux, il y a plus de matchs depuis l’an dernier, les choses se mettent en place, mais on est encore à des années-lumière du Canada, de la Finlande, de la Russie. Philippe [Bozon] a montré la voie, et on a des super ambassadeurs : Pierre-Edouard Bellemare et Antoine Roussel en NHL, Yohann Auvitu et Stéphane Da Costa dans le championnat russe, Charles Bertrand qui a fait une super saison en Finlande… Il n’y a pas de mauvais joueurs en Equipe de France.

Êtes-vous accroc aux statistiques ? Est-ce que vous les regardiez après chacun de vos matchs ?

Cristobal Huet : Non. Mais c’est un moyen d’évaluer si t’as fait une bonne saison ou pas. En NHL, il faut faire un peu attention parce que les contrats se négocient avec des stats. C’est quand même important, mais faut les prendre avec des pincettes.

Vous avez été régulièrement blessé au cours de votre carrière (le genou en 2005, la cuisse gauche en 2007…). Le rôle de gardien est-il un poste particulièrement sensible ?

Cristobal Huet : J’en suis pas sûr. J’ai pas mal été blessé, c’est vrai. Aux hanches, par exemple, à cause de ma position. A la fin de ma carrière, je me relevais toujours du côté droit parce que j’ai de l’usure dans mes genoux. J’ai de l’arthrose. (sourire) C’est ça de jouer jusqu’à 42 ans…

(A suivre dans la deuxième partie)

Photographie : Valérie Badan

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