Dany Perray : « Le succès de l’Enduroman est purement diététique »

Par le 19 novembre, 2018

Il a fêté ses 50 ans le 13 novembre dernier. Après avoir terminé les 9 Ironmans de France en 2016 (notre portrait est ici), Dany Perray a poursuivi son œuvre herculéenne avec l’Enduroman, un triathlon radical reliant Marble Arch (Londres) à l’Arc de Triomphe (Paris), réalisé en septembre dernier : 140km de course à pied, la traversée de la Manche à la nage et 300km de vélo. Toujours pour l’AEVE (Autisme Espoir vers l’Ecole). Il nous raconte ici son parcours, de l’organisation à son achèvement.

Comment démarre l’Enduroman ?

Dany Perray : C’est une course à part. Tu commences par signer des contrats avec l’organisation, dans lesquels ils t’accordent un accompagnement. Tu paies. Tu signes un contrat avec la CSA (Channel Swimming Association), la seule association au monde qui peut te mettre un bateau à disposition pour la traversée de la Manche. Tu paies. Une fois que t’as payé tout ça, tu peux passer le test de natation : six heures dans une eau inférieure à 13 degrés. Tu paies donc avant de savoir si tu pourras prendre le départ. C’est un peu surprenant. Mais on s’inscrit en pleine connaissance de cause. Mon Enduroman a coûté à peine 15000 euros, tout compris.

Je me suis rapproché des personnes qui l’avaient fait avant cette année pour prendre des renseignements, et il n’y avait qu’un seul Français : Cyril Blanchard. Il m’a confirmé quelque chose que je savais : il n’y a aucune préparation spécifique. Elle est soumise à tes contraintes personnelles, mais surtout à ton acceptation physique.

Comment vous êtes-vous préparé ?

Dany Perray : Comme si je faisais un Ironman. Les phases d’entraînement hebdomadaires représentaient 24 heures par semaine. Tous les dix jours, je remettais un bloc de charge sur deux jours, à savoir 5 à 6 heures de plus en course à pied, ou 4 heures de plus en course à pied et 4 heures de plus en vélo. La conséquence, c’est que j’ai emmagasiné énormément de fatigue, et je n’ai pas récupéré sur les six dernières semaines. Le matin, je me réveillais crevé. Si je m’arrêtais, ma condition physique allait en pâtir. Si je continuais de m’entraîner, je me fatiguais davantage et je récupérais encore moins. Ç’a été une période difficile à passer. J’ai diminué mes entraînements sur les six dernières semaines parce que je ne pouvais plus tenir. En revanche, la préparation mentale était au top, j’avais assez d’expérience pour le faire. Je suis capable de finir toutes les courses ; la préparation physique, c’est simplement pour se donner du confort dans la course.

Les gens ont l’impression que l’Enduroman, c’est du physique et du mental, mais ça ne l’est absolument pas. Le succès est purement diététique.

« A Douvres, je sais que la course est finie »

Le départ à Londres est soumis au départ de la mise à l’eau à Douvres. Quand était le vôtre ?

Dany Perray : Il a été repoussé plusieurs fois. T’es obligé de calculer à quelle heure tu vas partir dans ta course à pied en comptant ton temps de course et ton temps de repos. C’est très aléatoire. Une semaine avant la tentative, j’étais en contact deux à trois fois par jour avec Edgar, l’organisateur de la course, pour définir le jour de départ. Les pilotes de bateau commandent tout. Or, des tempêtes frappaient les côtes françaises. J’ai su le vendredi soir, le 21 septembre, que la fenêtre météo était bonne pour le lundi suivant, le 24, à 20h heure anglaise. Je devais être à Douvres dans l’eau, prêt à partir.

Le samedi, on a finalisé toute la préparation, et on est parti le dimanche matin à 5h. J’avais calculé 24h de course à pied, qui comprenait 18h de course et 6h de repos. Par rétroaction, il fallait donc que je sois dimanche soir à 20h sous Marble Arch.

La composition de l’équipe était très importante. J’avais besoin de community managers, de staff médical et d’experts dans chaque discipline : j’avais Elodie sur la course à pied, Victor sur la nage et Mike sur le vélo.

Avec quels véhicules êtes-vous partis ?

Dany Perray : Un camping-car, qui me permettait de m’endormir, de faire de la grande nourriture, et dans lequel j’avais tout le matériel et le textile. On avait aussi une voiture qui faisait mon suivi et dans laquelle se trouvait l’observateur, Dan.

On a pris le ferry, c’était la tempête. Je voyais l’écume sur la proue du bateau, et je me suis dit que dans 24h, j’étais dedans.

A quelle heure arrivez-vous à Londres ?

Dany Perray : Vers 18h. On trouve une place pour le camping-car à 16km de Londres. On ouvre toutes les caisses de préparation pour la course à pied, je prends une paire de chaussures courte distance, une paire longue distance et on part pour le centre-ville. On arrive à Marble Arch à 19h10, pour un départ prévu à 19h30. On va dans le parking souterrain. Je m’habille. Je prends mes chaussures longue distance, et il y avait deux pieds gauche ! Dans la précipitation, je m’étais trompé. Là, j’ai peur. Je me revois alors mécaniquement, comme dans les films, regarder la deuxième paire, au ralenti : une droite, une gauche. Ouf ! Sauf que j’utilise deux pointures de chaussures… Le pied gauche était en 43 ½ et le pied droit en 44. J’ai couru les 50 premiers kilomètres comme ça.

Que ressentez-vous au départ ?

Dany Perray : Une vive émotion. Dan me donne les consignes et me dit : « Tu touches Marble Arch et on donne le top départ ». Quelque chose s’est produit à ce moment-là. Je me suis dit que le simple fait d’être là, c’était une victoire. Les neuf derniers mois de préparation me sont revenus en tête.

Et puis c’est parti, je pars pour 140km de course à pied. Mais j’ai fait une erreur de débutant.

« Tu tournes les bras jusqu’à toucher les côtes françaises »

Laquelle ?

Dany Perray : Au bout de 50km, j’ai les jambes mortes. Les cuisses me brûlent. Je ne peux plus lever les jambes. J’arrive à courir très légèrement jusqu’au 70e km, et j’arrête. Je fais une sieste flash, 5mn montre en main.

J’essaie de recourir, mais impossible. Je marche jusqu’au 100e km. J’avance, mais je ne suis plus du tout dans mes horaires. Si je reporte mon départ de nage d’une demi-heure, la bascule de marée est trop forte et je devrai nager cinq heures de plus.

Je n’ai pas le choix, je dois courir. J’enlève mes manchons de compression, que j’avais mis sur mes mollets pour bien tenir les Tapes de mes tendons d’Achille. Je ne mets jamais de manchons. Je repars. Pendant 2km, je cours, je marche, je cours, je marche. Et pour finir, j’ai fait le marathon en 4 heures. J’avais toujours mal, mais la douleur était très supportable. Mon erreur, c’est que j’avais mis du matériel dont je ne m’étais jamais servi à l’entraînement.

Au départ de la nage, à Douvres, dans quel état êtes-vous ?

Dany Perray : Je sais que la course est finie. Depuis le début, je savais que la course à pied était tellement traumatique qu’une fois terminée, plus rien ne pouvait m’arriver. A Douvres, il fait super beau et tous les voyants sont au vert. Je dors 1h30 et je me réveille frais comme un gardon.

Arrive l’heure du départ. Sur le bateau, il y a un pilote, un copilote, un médecin, Dan, Victor et Kilian, mon fils. On fait le briefing avec le pilote, Mike Oram, et c’est surréaliste : « Ecoute, mec, la traversée de la Manche, c’est une seule fois dans sa vie. Il y a énormément de gens qui aimeraient être à ta place. T’y es, t’as pas le droit d’arrêter. Tu tournes les bras jusqu’à toucher les côtes françaises. »

(A suivre dans la deuxième partie)

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