Deux filles au tapis

Par le 1 juin, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Deux filles au tapis (…All the Marbles, EU1981).

Sur le ring

Vicki Frederick, Laurene Landon

Sur le bord du ring

Peter Falk

En tribunes

Robert Aldrich

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C’est quoi, l’histoire ?

Les California Dolls, soit Iris et Molly, sont un duo de catcheuses arpentant les salles des Etats-Unis pour gagner leur vie. Elles sont accompagnées de leur manager, Harry.

Leur succès va progressivement les amener dans la lumière, au prix d’un quotidien souvent pénible.

C’est qui, les acteurs ? Les actrices ?

Trois principaux. D’abord Vicki Frederick, la brune, à la carrière relativement éclair (une grosse dizaine d’années). Danseuse dans Chorus Line, avec Michael Douglas, elle a aussi joué dans Dancin’ de Bob Fosse, à Broadway. Elle est retirée des planches et plateaux depuis 25 ans.

Lauren Landon, la blonde. Des débuts cinématographiques à la fin des années 70, rien de très notable jusqu’en 1990, date à laquelle elle décide d’arrêter. Et puis en 2005, la revoilà, tenant un rôle dans la série Masters of horror. Elle continue depuis d’écumer les plateaux – sans grande ambition artistique, soyons honnêtes.

Peter Falk, l’homme. Aka Columbo, de 1968 à 2003. Il a fait beaucoup d’autres choses, et notamment au cinéma, mais son rôle de lieutenant éclipse tout le reste pour le grand public. Et c’est loin d’être un fardeau, tant la série a marqué et marque toujours de son empreinte les productions – télévisées ou non – actuelles.

C’est qui, derrière la caméra ?

Robert Aldrich, réalisateur d’une trentaine de longs-métrages. Deux filles au tapis est son tout dernier. Une suite était manifestement prévue, mais sa mort a enterré le projet.

Cinéaste très connu pour ses deux grands succès des années 60, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, avec Bette Davis et Joan Crawford, et Les douze salopards, avec une palanquée de bonnes gueules du cinéma américain de l’époque. Polar, western, satire d’Hollwyood, film de guerre… Aldrich a traité de moult thèmes, dont le sport.

Le football américain est à l’honneur dans son tout premier film, The Big Leaguer (1953), ainsi que dans Plein la Gueule (1974), avec Burt Reynolds. On en reparlera peut-être un de ces jours…

Et ça bastonne ?

Ah oui, on voit de la sueur et des étranglements. Pas sûr que les fans de WWE et de John Cena en aient pour leur argent, mais à vue de nez, on doit être à 30-40 minutes de combat cumulées.

Une scène à retenir ?

Plusieurs. Toutes celles où les trois personnages ne cessent de converser sur leur vie et leur monde dans leur vieille Mercedes, usée par l’âge et le nombre de kilomètres.

En bref, c’est quoi ton avis ?

« Ce qui est ainsi livré au public, c’est le grand spectacle de la Douleur, de la Défaite, et de la Justice. Le catch présente la douleur de l’homme avec toute l’amplification des masques tragiques : le catcheur qui souffre sous l’effet d’une prise réputée cruelle (un bras tordu, une jambe coincée) offre la figure excessive de la Souffrance ; comme une Pietà primitive, il laisse regarder son visage exagérément déformé par une affliction intolérable. On comprend bien qu’au catch, la pudeur serait déplacée, étant contraire à l’ostentation volontaire du spectacle, à cette Exposition de la Douleur, qui est la finalité « même » du combat. Aussi tous les actes générateurs de souffrances sont-ils particulièrement spectaculaires, comme le geste d’un prestidigitateur qui montre bien haut ses cartes: on ne comprendrait pas une douleur qui apparaîtrait sans cause intelligible ; un geste secret effectivement cruel transgresserait les lois non écrites du catch et ne serait d’aucune efficacité sociologique, comme un geste fou ou parasite. Au contraire, la souffrance paraît infligée avec ampleur et conviction, car il faut que tout le monde constate non seulement que l’homme souffre, mais encore et surtout comprenne pourquoi il souffre. »

Ainsi Roland Barthes parlait du catch dans Mythologie, en 1957. Il y a évidemment de ça dans Deux filles au tapis, film de personnages en vase clos, dont il n’est question ni de famille, ni d’amis. Tout y est amplifié, la « Douleur » sur le ring comme la relation entre les filles et leur manager, ici hautement conflictuelle et proche de la rupture, là résolument paternaliste. Aucun des trois personnages ne triche – Iris et Molly veulent gagner, Harry veut se faire du blé -, aucun ne songe à baisser les bras. Il s’agit de souffrir pour mieux profiter d’un probable bonheur futur. Car le sacrifice n’est-il pas toujours récompensé ?

Et avec qui tu me recommandes de le regarder ?

André le Géant : 3/5

Marie-Pierre Planchon : 1/5

Christophe Barbier : 5/5

Christine Bravo : 2/5

Les acteurs de Catch me if you can : 2/5

Inès de La Fressange : 1/5

DVD et Blu-Ray édités par Warner

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