En solitaire

Par le 2 novembre, 2018

Tous les vendredis, une oeuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui, En solitaire (FR, 2013)

Yann Kermadec (François Cluzet) est un marin chancheux. Il a remplacé au pied levé son beau-frère, Frank Drevil (Guillaume Canet), qui devait initialement prendre le départ du Vendée Globe. Le voilà donc parti pour un tour du monde en solitaire et sans escale à bord d’un bateau qui n’est pas le sien.

La météo lui est favorable, il prend les bonnes décisions et navigue dans le peloton de tête lorsqu’un incident mécanique l’oblige à jeter l’ancre aux Canaries pour réparer. La tuile. Il y passe deux jours et redémarre autour de la quinzième place. Surtout, il se rend compte qu’il n’est plus seul sur le bateau.

Un adolescent clandestin s’est introduit pendant ses réparations. Ce n’est plus la même histoire.

« J’ai vu quelques films sur la voile, et ils ne sont pas très réalistes. Ça ne marche pas très bien. Par exemple En solitaire, avec François Cluzet. On a suivi un peu le truc parce qu’il y avait des copains qui étaient impliqués sur cette histoire. Et puis comme ça a été tourné en même temps que le Vendée Globe, on était attentif. Mais je trouve que le résultat est très décevant. Parce que nous, on transmet de l’émotion. Et dans le film, il n’y en a pas. » Kito de Pavant nous avait dit deux mots du film, en février dernier. On ne va pas se mentir plus longtemps, je suis plutôt de son avis.

Pas sur le point du réalisme, qui semble au contraire tarauder le réalisateur Christophe Offenstein : les nombreux plans de François Cluzet qui barre son bateau surlignent à quel point l’acteur a bossé son sujet, à quel point on veut montrer au spectateur qu’il est sur un vrai bateau, à quel point la mer est violente et le repos du marin bien peu salvateur. Mais, de fait, ce point évacue toute émotion.

Parce que le cinéaste maintient tout au long du film deux suspenses : à quelle place Kermadec va-t-il finir ? Que va-t-il advenir de l’adolescent ? En entretenant ces deux angles – la matière sportive et la matière humaine – de manière un peu artificielle, il divise le spectateur qui ne vibre ni tout à fait pour l’un, ni tout à fait pour l’autre. Les deux s’annulent, en quelque sorte.

En alternance des séquences maritimes, le film décrit la vie à quai : Frank Drevil suit son bateau comme la prunelle de ses yeux, tandis que Marie Drevil (Virginie Efira, aussi à l’aise que dans un film sur la pétanque), sœur de Frank et compagne de Yann, a quelques problèmes relationnels avec la fille de ce dernier. Des séquences de la vie quotidienne qui n’ont globalement pas grand intérêt, sinon de réviser l’emplacement des océans.

Le film n’est pas désagréable, loin s’en faut, mais on aurait aimé un peu plus d’énergie, de sensibilité, de richesse formelle. Un cocktail qui aurait pu donner à la dernière scène du film une toute autre forme.

Edité en DVD et Blu-Ray par Gaumont

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