Un été de Coupe du Monde (2/6) : André Darrigade

Par le 13 juin, 2018

Deux jours avant le match pour la troisième place remporté par la France contre l’Allemagne de l’Ouest lors de la Coupe du Monde 1958 (6-3), André Darrigade s’adjuge le prologue du Tour de France et enfile le premier maillot jaune. Retour sur cette 45e édition.

Et Pelé mit un triplé. Malgré le 9e but de Just Fontaine dans la compétition, l’Equipe de France de football n’a guère les moyens de stopper la locomotive brésilienne lancée sur les rails du triomphe mondial. Elle s’incline 5-2 dans cette demi-finale jouée à Solna, en Suède, le 24 juin 1958.

La défaite à peine digérée, les amateurs de sport voient démarrer un autre événement d’envergure : le Tour de France cycliste. Les 120 coureurs sont regroupés en dix équipes nationales composées chacune de douze hommes : France, Italie, Belgique, Espagne, Pays-Bas/Luxembourg, Suisse/Allemagne, Internations, Centre-Midi, Ouest-Sud ouest, Paris-Nord-est. Cette 45e édition présente une nouveauté : aucun jour de repos n’est prévu sur les trois semaines et demi de course.

La première étape part le 26 juin de Bruxelles pour arriver à Gand, après 184km de plat pays. Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague, André Darrigade s’échappe avec les locaux Jos Hoevenaers et Jozef Planckaert et règle le sprint. Le « Landais bondissant » signe sa septième victoire individuelle sur la Grande Boucle et s’empare du premier maillot jaune estampillé 1958.

Le 2 juillet, le peloton explore le territoire breton, de Saint-Brieuc (22) à Brest (29). Brian Robinson devient le premier Britannique à remporter une étape du Tour. Même si, dans les faits, il n’a pas franchi la ligne devant Arigo Padovan, il bénéficie du déclassement de l’Italien pour sprint irrégulier : « Il m’a poussé vers les barrières et est reparti directement sur la route. Quelques années plus tard, je l’aurais éjecté moi aussi, mais j’étais un jeune coureur. J’ai freiné et je n’ai pas réussi à revenir, même s’il a finalement été disqualifié. »

André Darrigade double la mise lors de la 9e étape, où lui et ses six compagnons d’échappée relèguent le peloton à plus de neuf minutes. Il enfile à nouveau le maillot jaune et le garde sur ses épaules jusqu’au 8 juillet, journée durant laquelle le col d’Aubisque lui est fatal.

Ayant bien davantage d’appétit pour la couleur verte du classement par points, Darrigade réitère lors de la 15e, puis de la 17e étape, toujours au sprint.

Charly Gaul brille dans le deuxième contre-la-montre individuel de 21,5km, dont le Mont Ventoux constitue l’ascension finale. Il fait un bond au classement général et passe 3e. Mais dès le lendemain, catastrophe ! Le Luxembourgeois est victime d’un ennui mécanique et doit emprunter le vélo de son coéquipier Marcel Ernzer. Il finit dans un peloton de 13 coureurs, à 11 minutes du leader. « J’ai fait 100 kilomètres avec un vélo trop grand pour moi. Je ne pouvais rien faire dans les cols que rester dans les roues. Je n’étais pas à ma position. Je n’étais pas fatigué du tout par le Ventoux, pas du tout. »

Il semble donc frais pour la 21e étape entre Briançon et Aix-les-Bains, longue de 219km et courue sous une pluie diluvienne. Profitant des montées successives des cols du Lautaret, du Luitel, de Porte, du Cucheron et du Granier, Gaul dissuade tous ses adversaires de le suivre. Il remporte largement l’étape – le second, Jan Adriaensens, arrive 7’50 après lui– et, cerise sur le guidon, revient à une minute de Vito Favero, nouveau leader du classement général.

A quelques encablures de l’arrivée, André Darrigade heurte violemment Constant Wouters

Le lendemain, André Darrigade signe une cinquième victoire sur ce Tour de France en disposant de Gastone Nencini et de Gerrit Voorting. Fiévreux, Jacques Anquetil souffre d’une congestion pulmonaire et doit abandonner.

La pénultième étape, la 23e, consiste en un contre-la-montre de 74km. Charly Gaul le domine aisément et prend le maillot jaune, laissant l’Italien Vito Favero et le Français Raphaël Geminiani à plus de trois minutes.

Le samedi 19 juillet, les 78 rescapés terminent leur Tour de France au Parc des Princes, après avoir parcouru 320 km depuis Dijon. André Darrigade est évidemment bien placé pour l’emporter sur la piste du stade, il possède deux roues d’avance sur l’Italien Pierino Baffi lorsque, à quelques encablures de l’arrivée, il heurte violemment le secrétaire général du vélodrome, Constant Wouters.

Les deux hommes sont tous deux emmenés à l’hôpital Boucicaut, dans le 15e arrondissement de Paris. André Darrigade souffre d’une fracture du crâne et de côtes cassées. Il termine 21e du Tour, à 1h34 de Charly Gaul, et troisième du classement du maillot vert.

Le 31 juillet 1958, Constant Wouters meurt de ses blessures, sans jamais avoir repris connaissance.

Illustration carte : L’Equipe

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