Un été de Coupe du monde (3/6) : Amélie Mauresmo

Par le 18 juin, 2018

La veille de la finale de la Coupe du monde 2006 entre la France et l’Italie, Amélie Mauresmo remporte son deuxième Grand Chelem de sa carrière, à Wimbledon, face à Justin Henin-Hardenne. Retour sur ce sacre discret.

6-0 6-0. Amélie Mauresmo, n°1 mondiale et vainqueur de l’Open d’Australie cinq mois plus tôt, offre deux roues de bicyclettes à sa première adversaire, Ivana Abramovic, une Croate de 22 ans passée par les qualifications. Le tout en 39 minutes. La 192e mondiale disputait son premier Grand Chelem. Ce sera aussi son dernier.

Les quatre premiers tours ne posent aucune difficulté à la Française. Elle ne concède que seize jeux : six face à Samantha Stosur, finaliste à l’Open d’Australie et vainqueur de Roland-Garros la même année en double, mais moins à l’aise en simple ; trois contre Nicole Pratt, issue des qualifications et tombeuse de Tatiana Golovin au tour précédent ; sept contre Ana Ivanovic, 18 ans, classée 19e mondiale et qui réussit bien à Mauresmo (quatre victoires pour deux défaites avant ce match).

Le 4 juillet, soit la veille de la demi-finale de Coupe du monde entre la France et le Portugal, la n°1 mondiale rencontre Anastasia Myskina en quart de finale. La Russe n’a pas passé ce stade d’un Grand Chelem depuis sa victoire à Roland-Garros, en 2004. Quoiqu’elle bénéficie d’une partie de tableau dégagée, la tête de série n°9 n’a pas perdu un set. Au tournoi d’Eastbourne, qui précède celui de Wimbledon, elle s’est inclinée au tie-break de la troisième manche de la finale, face à Justine Henin-Hardenne. De quoi lui redonner le moral ?

Rien à craindre pour Amélie Mauresmo si elle joue à son meilleur niveau. Et c’est le cas dans le premier set, bouclé 6-1 en l’espace de 22 minutes. Mais le deuxième est nettement moins sérieux, et Myskina prend le dessus : 6-3. La Française se sent un peu tendue. Elle retrouve son rythme au bon moment, à 3-2 dans le troisième set. Le break la réconforte, elle confirme et conclut finalement 6-3.

« Je suis bien plus décontractée, bien plus ouverte aux gens, moins frustrée »

Doit-elle sa victoire à l’expérience et à la satisfaction personnelle d’avoir gagné un tournoi du Grand Chelem ? « Je sens que les choses sont différentes maintenant, et que je fais les choses différemment, sur et en-dehors du court. Je suis bien plus décontractée, bien plus ouverte aux gens, moins frustrée que je ne l’ai été par le passé, à l’entraînement ou pendant les matchs. Donc oui, je grandis. » Une barrière psychologique est tombée ; elle a peut-être fait la différence contre Myskina.

Mauresmo atteint les demi-finales pour la troisième fois d’affilée, après 2003 et 2005. L’année où elle doit déclarer forfait pour blessure, 2004, voit le couronnement d’une autre Russe : Maria Sharapova. Celle qui se dresse désormais sur sa route.

Le 6 juillet, la France est en finale de la Coupe du monde après sa victoire 1-0 face au Portugal, tout comme Justine Henin-Hardenne du tournoi de Wimbledon, après avoir battu sa compatriote Kim Clijsters (6-4 7-6). Amélie Mauresmo a eu 27 ans la veille, et ses six premiers mois de l’année ont été fabuleux : quinze victoire consécutives, une place de n°1 mondiale acquise à la mi-mars et, par-dessus tout, un Grand Chelem. Remporté de manière étonnante : un abandon de Kim Clijsters en demi-finale pour blessure, puis un nouvel abandon – controversé, celui-ci – de Justine Henin-Hardenne en finale pour maux de ventre. D’aucuns l’ont accusée d’illégitimité, et d’avoir soulevé le trophée par accident. Il reste deux matchs sur gazon à Mauresmo pour leur répondre.

Elle mène 4-3 dans le premier set lorsque Sharapova concède son service. La Russe sauve trois balles de break, mais ne peut rien sur la quatrième. La Française assure, 6-3.

Le deuxième set est beaucoup plus haché. Mauresmo breake d’entrée, mène 3-1 avec trois balles de break à son avantage, mais perd les cinq jeux suivants. 6-3. Elle quitte le court pour se remettre d’aplomb.

Mauresmo se reprend dans la troisième manche et mène 4-0. Malgré quelques soubresauts de son adversaire, elle conclut plus ou moins sereinement, 6-2. La voilà en finale, à la loyale. Contre une Belge invaincue depuis 17 matchs et qui n’a pas perdu un set depuis le début du tournoi.

Le 8 juillet à 15h10, dans l’indifférence d’une France massivement tournée vers les Bleus du ballon rond, Mauresmo sert la première sur le Centre Court. Et se fait breaker immédiatement. Henin-Hardenne domine largement les débats et prend le large. 6-2.

La Française se rebelle, mène 3-0 dans le deuxième set et a une balle de 4-0. Henin-Hardenne conserve son service, 3-1. Elle passe tout près du 5-1, revient finalement à 4-2 et débreake Mauresmo dans la foulée, 4-3. Mais celle-ci a de la ressource : elle reprend aussitôt le service de son adversaire et égalise, 6-3.

La Belge fait trop d’erreurs dans le troisième set pour espérer bousculer Mauresmo qui a repris confiance. Elle se fait breaker à 2-1 et ne reprend plus l’avantage. 6-4. La Française est la première championne de Wimbledon depuis Suzanne Lenglen, en 1925.

Après 2006, Amélie Mauresmo ne reverra plus jamais un quart de finale d’un tournoi du Grand Chelem. Elle arrête sa carrière après l’US Open 2009. Avec 25 trophées remportés, elle est la Française la plus titrée de l’ère Open.

Photo : Reuters et PA

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