Un été de Coupe du monde (6/6) : Le Mans 1966

Par le 27 juin, 2018

Trois semaines avant le coup d’envoi de la Coupe du monde 1966, la 34e édition des 24 heures du Mans voit Ford réaliser un triplé. Les deux voitures de tête, qui ont parcouru au total près de 5000km, sont départagées pour 20m. Cette année-là, un pilote de 21 ans y donnait ses premiers coups de volant : Jacky Ickx.

Depuis 1960, Le Mans parle italien. Cela fait six années que Ferrari règne sur la course des 24 heures. En 1965, l’écurie a placé trois de ses voitures sur le podium. Personne ne semble en mesure de la concurrencer. A moins que ? A moins que Ford n’établisse un plan pour affaiblir le cheval cabré. Et son PDG, Henry Ford II (petit-fils du fondateur de la marque automobile), a une bonne raison de le faire : prendre une belle revanche.

Au début des années 60, l’entreprise américaine négocie le rachat de la société italienne avec son fondateur, Enzo Ferrari. Elle souhaite accélérer sa croissance sur le marché européen et étendre sa présence dans le sport automobile, notamment sur les 24 heures du Mans. Ford veut obtenir 90% de l’activité voitures, ainsi que 10% de l’activité compétition. Mais si Ferrari ne s’oppose pas à la première proposition, il veut garder le contrôle à 100% de sa division sportive. Les négociations échouent.

Ford II élabore donc un projet ambitieux pour contrer lui-même la domination italienne sur le circuit de la Sarthe. Il engage des techniciens, des ingénieurs, et un team manager en la personne de John Wyer, ancien d’Aston Martin. La GT40 naît des cerveaux de ce collectif : GT pour Grand Touring (Grand Tourisme), et 40 pour sa hauteur en nombre de pouces, soit 1,02m.

Le duel attire les foules :
350000 spectateurs se pressent en tribunes

La voiture démarre sa carrière en mai 1964, à l’occasion du Nürburgring. Puis s’engage sur les 24 heures du Mans le mois suivant. Les deux courses sont un désastre, la fin de l’année est à l’avenant. John Wyer est débarqué, Carroll Shelby prend le relais.

En février 1965, le duo Ken Miles-Lloyd Ruby remporte les 2000km de Daytona (Floride, Etats-Unis). De bonne augure pour le nouveau directeur sportif. Mais la fiabilité de la voiture demeure aléatoire, et les espoirs de briller en Europe se brisent rapidement. Des six GT40 engagées au Mans (trois Mk I, deux Mk II, une Roadster), aucune ne franchit la ligne d’arrivée, ni ne dépasse le 90e tour de circuit. L’impatience d’Henry Ford II monte.

Les équipes ne cessent de progresser et d’améliorer la voiture, et les efforts finissent pas payer à Daytona, en février 1966, où Ken Miles et Lloyd Ruby terminent à nouveau à la première place, Ford réussissant même un superbe triplé sur le podium. Même résultat aux 12 heures de Sebring (Floride), en mars. La GT40 semble enfin au point. Il est temps d’aller défier l’ogre italien.

Le PDG américain est venu en personne donner le départ des 24 heures du Mans. Il espère qu’au moins une de ses treize voitures inscrive son nom au palmarès : huit MkII en catégorie Prototypes, et cinq GT40 en catégorie Sport. Ferrari a engagé sept Prototypes. Le duel attire les foules : 350000 spectateurs se pressent en tribunes.

Et il est âpre : à 20 heures, soit quatre heures après le départ, quatre autos (deux de chaque constructeur) roulent dans le même tour. Mais l’arrivée de la nuit provoque une succession d’abandons, dont celui de Jacky Ickx. Associé à l’Allemand Jochen Neerpasch sur une GT40 Mk I catégorie Sport et placé 14e sur la grille, il doit abandonner sur un problème moteur.

Au même moment se joue en tête de course un évènement de taille : Richie Ginther et Pedro Rodriguez, sur leur Ferrari 330 P3, doivent également renoncer pour un problème de boîte de vitesses. La plus grosse menace italienne est sur le carreau. Au matin, trois Ford occupent les trois premières places. Et les deux premières sont toutes proches l’une de l’autre. Faut-il les laisser s’affronter à la loyale, au risque de perdre une ou deux voitures sur accident ? Faut-il leur donner l’ordre de geler les places, au risque de vexer le duo en deuxième position ? L’écurie choisit le « dead heat », soit de ne pas choisir.

La voiture n°1 de Ken Miles doit attendre la n°2 de Bruce McLaren pour franchir l’arrivée sur la même ligne, et ainsi avoir quatre pilotes ex aequo. La n°5 de Ronnie Bucknum, distancée de douze tours, se joint au duo pour profiter du triomphe.

Mais l’organisation déterre un point de règlement pour départager les deux Prototypes : la n°2 étant partie de la quatrième place sur la grille, elle a parcouru 20m de plus que la n°1 ayant démarré à la deuxième place. Les Néo-Zélandais Bruce McLaren et Chris Amon sont déclarés vainqueurs. Aucune Ferrari d’usine ne termine la course.

Le pari d’Henry Ford II est réussi. Pas rassasié pour autant, il étend sa suprématie au Mans jusqu’en 1969, année où Jacky Ickx remporte la première de ses six victoires au terme d’un final d’anthologie.

Photos : Motorsport

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