Un été de Coupe du Monde (1/6) : Didier Pironi

Par le 11 juin, 2018

La veille du quart de finale de la Coupe du Monde 1982 entre la France et l’Irlande du Nord (4-1), Didier Pironi remporte le Grand Prix de Formule 1 des Pays-Bas et revient à un point du leader du championnat, John Watson. Deux mois après la mort de son coéquipier, Gilles Villeneuve, et un mois avant son très grave accident qui le contraint à se retirer définitivement des courses automobiles. Retour sur une année dramatique.

Ce 3 juillet 1982, René Arnoux démarre le Grand Prix de Formule 1 de Zandvoort, aux Pays-Bas, en pole position. C’est pourtant son dauphin et coéquipier chez Renault, Alain Prost, qui pointe en tête à l’issue du premier tour. Mais un autre Français, Didier Pironi (Ferrari), quatrième sur la grille, montre rapidement le bout de son casque : dépassant un à un ses adversaires, il s’empare de la première place au quatrième tour et ne la quitte plus pendant les 68 suivants. Seulement trois pilotes terminent dans le même tour que le vainqueur.

Sur les huit premiers Grands Prix de cette année 1982, seul Alain Prost est parvenu à l’emporter après avoir obtenu une pole position aux qualifications. Une autre époque. Un autre sport, aussi. Chaque décennie contient son lot d’accidents mortels : douze dans les années 60, dix dans les années 70. Au début de cette saison, le dernier en date concerne le Français Patrick Depailler, décédé le 1er août 1980 à la suite d’une sortie de route sur le circuit d’Hockenheim lors d’essais privés, une semaine avant le Grand Prix d’Allemagne. Chaque week-end, aucun pilote n’est à l’abri d’une météo capricieuse, d’une défaillance mécanique ou de conditions de sécurité douteuses. La mort de Gilles Villeneuve, le 9 mai en Belgique, ne s’explique cependant par aucun de ces trois motifs.

« La bataille fait rage.
Pironi la remporte.
Villeneuve se sent trahi. »

Lors du Grand Prix de Saint-Marin, deux semaines plus tôt, le Canadien et Didier Pironi occupent respectivement les deux premières places à quelques tours de l’arrivée. Ravi d’amasser le maximum de points quant au championnat du monde des constructeurs, le stand Ferrari gèle les positions. Mais le Français n’en a cure, et attaque son coéquipier pour glaner les neuf points réservés au vainqueur. La bataille fait rage. Pironi la remporte. Villeneuve se sent trahi.

Au Grand Prix de Zolder, en Flandre, les qualifications battent leur plein. A huit minutes de leur terme, Villeneuve occupe la septième place sur la grille, à un dixième de seconde de la sixième, obtenue par Pironi. Peut-être poussé par l’orgueil du champion, par l’esprit de revanche, ou par le furieux désir d’améliorer son temps, le Canadien accroche la voiture de Jochen Mass dans un virage. Sa monoplace s’envole à plus de 200km/h. Héliporté à l’hôpital de Louvain, il décède le soir même. Pironi et Ferrari se retirent de la course du lendemain.

Un mois plus tard se tient le Grand Prix du Canada, à Montréal. Pour l’occasion, le circuit Île Notre-Dame a été rebaptisé Gilles-Villeneuve quelques jours plus tôt, et l’inscription « Salut Gilles », accolée à la ligne de départ. Didier Pironi obtient sa première pole position de l’année. Mais le départ de la course du 13 juin ne se passe comme prévu pour le Français : il cale sur la ligne. Tous ses concurrents le dépassent sans encombre, excepté Riccardo Paletti, 23 ans et au départ de son deuxième Grand Prix de Formule 1. Parti 23e sur la grille, l’Italien ne peut éviter la Ferrari et la percute violemment. Bien qu’un début d’incendie sur sa Osella-Ford compromette la rapidité d’intervention des secours, Paletti meurt sans doute sur le coup.

Bouleversés par ces drames successifs, les pilotes encaissent et poursuivent leur lutte pour le championnat du monde. Pironi profite de l’été pour prendre neuf points d’avance sur John Watson et sa McLaren-Ford. Le premier week-end d’août, il aborde le Grand Prix d’Allemagne en costaud leader et obtient la pole position sur le circuit sec du vendredi. Mais les essais du samedi matin lui sont fatals : sous une pluie battante, sa Ferrari heurte la Renault d’un Alain Prost beaucoup plus prudent que lui et décolle dans les airs. La chute est violente. Conscient mais lourdement blessé, Pironi demande au médecin de ne pas l’amputer des jambes. Il se retire des circuits et doit renoncer à défendre sa première place.

Le lendemain, la course est sereinement maîtrisée par le Brésilien Nelson Piquet lorsque, au 18e tour, il doit dépasser le retardataire Eliseo Salazar. Mais le Chilien fait une erreur à l’entrée d’un virage et heurte la Brabham-BMW du leader. Hors de lui, Piquet s’extrait de sa voiture en quelques secondes et s’en prend verbalement à Salazar, puis lui assène quelques coups dans le casque.

C’est depuis sa chambre d’hôpital que Pironi assiste, impuissant, au retour de Keke Rosberg (père de Nico, champion du monde de F1 en 2016). Le Finlandais remporte le Grand Prix de Suisse, le 29 août, et termine finalement cinq points devant le Français, vice-champion du monde 1982.

Longtemps convalescent, Didier Pironi participe en 1987 au championnat du monde motonautique, à bord d’un bateau baptisé Colibri. Vainqueur début août de sa première course, en Norvège, il décède lors de la suivante, au large de l’île de Wight.

En janvier 1988, sa veuve Catherine Goux donne naissance à des jumeaux. Elle les prénomme Gilles et Didier.

Photos : Sutton Images (1) et LAT Images (2)

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