Alpinisme

Everest

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Everest (USA, 2015).

En 1996, deux expéditions d’alpinistes s’engagent sur l’Everest. Des guides de haute montagne, des gars chevronnés, une prétendante aux sept sommets, des clients un peu moins initiés. L’ambiance est bonne, le groupe vit bien. Mais bien sûr, ça va se corser…

Le récit est tiré d’une histoire vraie : huit membres de deux expéditions meurent en mai 1996 après avoir subi plusieurs tempêtes au cours de la descente. Deux journalistes (Sandy Hill Pittman et Jon Krakauer) étaient présents et envoyaient très régulièrement des informations à leurs rédactions, ce qui a accentué la médiatisation du drame. Tout est fort bien raconté ici.

L’histoire a été racontée dans deux livres, par Krakauer d’abord, ainsi que par Beck Weathers. Celui-ci évoquait son expérience de miraculé en 2015 dans une interview au Monde :

« Les gens qui prétendent aller sur l’Everest ‘parce qu’il est là’ ne croient pas réellement à ce qu’ils disent. C’est un raccourci, une manière d’esquiver, de ne pas révéler les détails de leur vie intime. Aucun d’entre nous n’y va pour cette seule raison. Chaque individu dans chaque groupe qui s’y attaque a ses raisons – personnelles et complexes – de se trouver là. Pour moi, c’était la quête d’un dépassement physique, un but après être devenu totalement dépendant à la pratique d’activités physiques à cause de ma dépression. La dépression m’a quitté car j’ai décidé de vivre avec optimisme, mais je n’affirme pas que j’en suis guéri à jamais. »

Le film offre un casting 56 étoiles : Emily Watson, Robin Wright, Keira Knightley chez les femmes, Jason Clarke, Jake Gyllenhall, Josh Brolin, John Hawkes, Michael Kelly, Sam Worthington chez les hommes. Et encore, il devait y avoir Christian Bale…

Le réalisateur Baltasar Kormákur s’explique sur sa gestion du tournage dans un entretien avec Cinemateaser :

« Au total on a tourné six semaines à -30°C. Ma règle était de faire le maximum en vrai et d’ajouter ce qui manquait. En faisant tout ce qu’il nous était possible de faire en extérieur, cela donne une référence à suivre. Du coup, tout ce que nous tournions en studio devait être aussi bon que ce que nous avions filmé dans la nature. Il fallait que ça colle ! Parfois je regarde certains films hollywoodiens et je me dis : ‘À quel moment ont-ils perdu le sens de la réalité ? Pourquoi tout le monde est si bien coiffé ? Pourquoi tout le monde est si bien maquillé ?’ Et cela peut déraper très vite. C’est pour ça que je voulais que l’on débute le tournage au Népal, qu’on marche là-bas avec les acteurs, qu’ils aient à porter leurs propres affaires, qu’ils dorment dans le froid. Pas d’assistant. Tout le monde portait l’équipement comme si on était de retour à l’école de cinéma. Et on a donc tourné comme ça pendant 6 semaines à -30°C. Ils n’en pouvaient plus de cette montagne ! »

On l’a compris, le film tire le plus possible la couverture du réalisme. Le spectateur est ainsi littéralement plongé au cœur du froid himalayen, à 8500m d’altitude, et amené à souffrir avec les alpinistes.

Cependant, le hic demeure. Car une expédition n’a souvent rien à raconter, comme le disait déjà Francis de Noyelle au cours de l’ascension de l’Annapurna en 1950. Or, Everest ne veut se placer ni tout à fait du côté du drame intimiste, ni tout à fait du côté aventures/catastrophe. Il ne réussit donc ni l’un ni l’autre. Magnifique visuellement et efficace narrativement, le film passe un peu à côté d’un vrai sujet et se réduit à un agréable divertissement – ce qui n’est déjà pas si mal.