Hail to the Kings

Par le 21 mai, 2019

Il y a cinq ans, les Los Angeles Kings remportaient la Coupe Stanley après des playoffs étouffants. Retour sur ces deux mois fous de hockey sur glace.

(photo NHL)

Dix-sept buts en trois matchs. Comment rebondir après avoir encaissé 17 buts en 180 minutes (6-3, 7-2 et 4-3) ? Renforcer les systèmes défensifs ? Changer de gardien ? Tout miser sur l’attaque ? Menés 3-0 dans leur série du premier tour des playoffs (le premier à 4 passe au tour suivant) face aux San José Sharks, les Kings vont devoir trouver des solutions.

Trois équipes de NHL ont réussi à se qualifier après avoir perdu leurs trois premières rencontres : les Maple Leafs de Toronto en 1942, les Islanders de New York en 1975, et les Flyers de Philadelphie en 2010. Il y a des précédents, il suffit d’y croire.

Qualitativement, les Sharks n’ont pas une si grande avance sur eux. En 82 matchs de saison régulière, ils n’ont gagné que cinq matchs de plus (51 vs. 46). Ce duel ne doit logiquement pas se terminer sur un 4-0. Mais quid de la logique en sport ?

La quatrième rencontre de la série se déroule au Staples Center, à Los Angeles. Malgré trois premiers matchs pour le moins compliqués, l’entraîneur Darryl Sutter garde confiance en son gardien, Jonathan Quick. A raison, puisque les locaux l’emportent 6-3 grâce à 3 buts inscrits en deuxième période. La victoire rassure leur égo et sauve leur honneur. Retour au SAP Center des Sharks pour le match 5.

Jonathan Quick, au cours du match 7 face aux Sharks (Photo Kyle Terada-Usa Today Sports)

Après avoir marqué 13 buts dans leur salle sur les deux premières rencontres, San José reste cette fois muet. Los Angeles mène 3-0 au bout de 21 minutes de jeu, et plus rien ne sera marqué. Quick stoppe 30 tirs. L’espoir demeure pour les visiteurs.

Retour au Staples Center, deux jours plus tard. 1-1 après 50 minutes de jeu, moment à partir duquel les locaux décident de briser la glace pour de bon : trois buts en moins de trois minutes. Anze Kopitar, le meilleur joueur de la saison des Kings, inscrit un doublé. Los Angeles est revenu à égalité dans la série, et bénéficie désormais d’un avantage psychologique considérable.

Et ils ne vont pas se faire prier pour le mettre à profit. Le 30 avril 2014, au SAP Center, Jonathan Quick arrête 39 des 40 tirs adverses et place son équipe sur les bons patins. Les Kings marquent 5 buts avec 5 buteurs différents. 5-1. Los Angeles est qualifié pour le tour suivant.

« Cette série déchire le cœur, tente de décrire à chaud Logan Couture, l’attaquant des Sharks. Ça fait mal. L’été va être long en pensant à ce que nous avons laissé filer. » Dans les camp des Kings, de la fierté, bien sûr, mais point trop de forfanterie. L’heure est aux demi-finales de conférence. S’avancent vers eux les Ducks d’Anaheim, deuxième meilleur bilan de la ligue.

Canards boîteux

Les deux équipes sont rivales en ce qu’elles occupent toutes deux le territoire de la Californie du Sud. Anaheim est situé à une cinquantaine de kilomètres de Los Angeles, et la route entre les deux stades, le Staples Center et le Honda Center, n’emprunte quasiment que l’Interstate 5, principale autoroute de l’Etat. Cette rivalité est nommée la Freeway Face-Off. C’est la première fois qu’elle se cristallise dans une série de playoffs.

Au cours de la saison régulière, les Ducks ont battu les Kings quatre fois (sur cinq matchs). Mais pour eux, tout démarre à l’envers : les deux premiers duels à domicile accouchent de deux défaites. L’ailier droit Marian Gaborik est leur principal bourreau du match inaugural : il égalise à sept secondes de la fin du match, puis marque en prolongations. Lors de la deuxième rencontre, Anaheim tire deux fois plus au but que Los Angeles, mais Quick arrête (presque) tout. Les Kings n’ont plus qu’à remporter leurs deux prochains matchs à domicile pour se qualifier.

Bien sûr, ça n’est pas aussi simple. Sur une série aussi longue, le talent et le collectif finissent pas revenir. Et la chance des Kings trouve ses limites. Les Ducks réduisent l’écart au match 3, puis égalisent au match 4. Pour la première fois depuis le début des playoffs, Los Angeles ne marque aucun but. 2-2. Aucune équipe n’est parvenue à gagner chez elle. Retour au Honda Center.

Marian Gaborik et Drew Doughty célèbrent un but avec leurs coéquipiers contre les Ducks (photo Robert Hanashiro-Usa Today Sports)

Malgré un nouveau doublé de Gaborik, Anaheim reprend la main grâce à une très belle deuxième période (trois buts). Mais les Kings n’ont pas dit leur dernier mot et redeviennent maître sur leur glace au match 6. 3-3, il faudra donc en passer par un septième duel.

L’enjeu ne semble pas effrayer les coéquipiers de Quick qui mènent 2-0 après 10 minutes et 5-0 après 35 minutes. Le match est plié. 6-2. La série aussi.

« C’est difficile à décrire, mais tout se joue dans le vestiaire, explique Anze Kopitar. On ne s’intéresse pas trop à l’extérieur. On croit en ce vestiaire. On savait que ce serait notre meilleur match de la série, et ce fut le cas. » « On est bâti pour les playoffs, abonde le défenseur Drew Doughty. On s’est battus pendant la saison régulière. Je ne sais pas pourquoi, mais on était toujours prêt quand ça comptait vraiment. »

Chicago à gogo

Les Blackhawks de Chicago n’ont pas fait une très belle saison, mais sont champions en titre et possèdent l’avantage du terrain sur cette finale de conférence. Ils remportent la première manche à domicile, avant de couler lors de la deuxième. Mené 2-0, Los Angeles s’énerve et marque six buts d’affilée, dont trois de Jeff Carter. La logique est respectée sur les deux matchs suivants, joués au Staples Center et arrachés par les locaux. Les Kings n’ont plus qu’un match à gagner.

Mais à l’image de leur playoffs, ils vont entretenir le suspense. Après deux duels très serrés, Chicago égalise à 3-3. Les deux équipes joueront un septième match. Encore un pour Los Angeles.

Les Blackhawks prennent tout de suite les devants, 2-0 au bout de 10mn de jeu. Les visiteurs réagissent. Carter marque son 9e but des playoffs, Justin Williams son 7e. 3-2 après 20 minutes de jeu ; jamais une première période d’un match 7 n’avait été si prolifique.

Puis 4-4 à l’issue du temps réglementaire. Au début des prolongations, un tir dévié d’Alec Martinez donne la victoire aux Kings. La chance découronne les champions.

Le capitaine Dustin Brown n’en revient pas : « C’était probablement les sept matchs les plus chargés d’émotions que j’aie jamais joués. La série la plus émouvante, si vous voulez l’appeler ainsi, grâce à la façon dont les matchs ont été gagnés et perdus. »

Aucune équipe n’avait atteint la finale de la Stanley Cup en remportant ses trois séries 4-3. Et pour ne rien gâcher, tous les matchs 7 ont été joués à l’extérieur ! Ces Kings ne sont pas humains.

Que peut-il leur arriver ? Ils semblent quasi-intouchables. Mené 3-0 contre San José, puis 3-2 contre Anaheim, et devant passer par une prolongation étouffante et un coup du sort contre Chicago, Los Angeles n’a plus rien à craindre. Une défaite en finale apparaît toujours comme une conclusion cruelle. Mais cette année est différente. Lors de leur précédent sacre, en 2012, ils avaient écrasé leurs adversaires, ne concédant que quatre matchs en quatre tours. En 2014, ils n’étaient favoris d’aucune série et ont dû être résilients. Leur parcours n’en est que plus héroïque. Contre les Rangers, ils bénéficient d’un meilleur bilan en saison régulière et possèdent l’avantage du terrain. Doivent-ils s’en méfier ?

New York commando

Les Rangers en sont aussi passés par des longues séries, éliminant Philadelphie et Pittsburgh (4-3) aux deux premiers tours, puis écartant Montreal en finale de conférence (4-2). Ils ont eu trois jours de plus pour se reposer et préparer le match ; ce n’est pas anodin. Mais à l’exception de deux joueurs, tous connaissent leur première finale de Stanley Cup, soit 19 novices. Los Angeles n’en compte que cinq.

New York démarre le match 1 sur les chapeaux de roue, menant 2-0 après 15 minutes de jeu. Les Kings reviennent sereinement, d’abord à la fin de la première période, puis au début de la seconde. Rien ne sera marqué dans la troisième malgré les 20 tirs sur la cage de Henrik Lundqvist. Justin Williams achève le suspense après 4 minutes de prolongations. 1-0.

Le match 2 est celui de la revanche. Les Rangers mènent 2-0, puis 3-1, puis 4-2, avant de se faire rattraper. La première prolongation ne donne rien. Dustin Brown marque au mitan de la seconde. 2-0. Les Kings n’ont jamais mené en 120 minutes de temps règlementaire. Direction le Madison Square Garden de New York.

(photo AP)

Mais Los Angeles flotte dans l’espace. A une seconde de la fin de la première période, Jeff Carter tire. Son palet est dévié et termine dans la cage de Lundqvist. Hyper-réalistes, les Kings poursuivent leur mainmise en marquant deux buts en deuxième période. Ils ne tirent que deux fois dans le dernier tiers. Suffisant au vu de la maestria de Jonathan Quick, qui stoppe les 32 tentatives adverses. 3-0. Comment le trophée pourrait-il leur échapper ?

La dynamique stimule les uns, bride les autres. Los Angeles domine largement le quatrième match (41 tirs à 19), c’est New York qui le remporte pourtant, 2-1. La logique semble étrangère à cette finale. 3-1, un petit espoir. Retour au Staples Center.

Los Angeles marque en premier, puis New York égalise et prend l’avantage à la fin de la deuxième période. Marian Gaborik inscrit son 14e but des playoffs, 2-2. Première prolongation : rien. Deuxième prolongation : à cinq minutes de la fin, le King Tyler Toffoli décoche un tir dévié par un défenseur. Lundqvist le détourne, mais Alec Martinez veille au grain et marque dans le but vide. 3-2. La Stanley Cup part à l’ouest.

Jamais le vainqueur du trophée suprême n’avait joué autant de matchs (26). De quel type d’armures ces Kings étaient-ils vêtus ? 

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