Johnny Weissmuller, d’homme-poisson à homme-singe (2/2)

Par le 9 janvier, 2019

Avant de connaître une carrière cinématographique dans la peau de Tarzan, Johnny Weissmuller fut le premier nageur à passer sous la minute sur le 100m nage libre et battit 67 records du monde.
(La première partie est ici)

Quelque temps plus tard, les Weissmuller montent d’un ton : ils déclarent que Johnny n’est finalement pas né à Chicago mais à Windber, et que Peter n’est pas son petit frère mais son frère aîné. On consulte les registres de l’église, et on constate sur la ligne de baptême de Petrus (le petit frère) le rajout d’un prénom d’une couleur et d’une écritures différentes. C’est louche. Mais ça suffit pour obtenir un passeport. La supériorité sportive de Johnny et sa capacité à ramener des médailles pour le camp américain convainquent sans doute les derniers indécis.

Pourtant, beaucoup de gens connaissent la vérité. Les amis, la famille, qui à Chicago, qui à Windber, savent qu’il est né en Europe. Tous se taisent. Johnny n’en dira rien jusqu’à sa mort. Probablement parce qu’il aurait dû rendre ses titres. Probablement parce que sa mère aurait subi des sarcasmes pour avoir menti. Probablement parce qu’il aimait vraiment les Etats-Unis et qu’il a adoré y revenir en héros.

A son retour de Paris en 1924, il est acclamé. Dans les cinémas, les actualités filmées relatent sa course. La radio raconte ses performances. Il devient une star. Mais ne veut pas s’arrêter là pour autant. Il accumule les récompenses et les records, comme celui du 100 yards (environ 91m) dont il efface la marque vieille de 17 ans en 51s. Souvent en crawl, parfois sur le dos. « Je m’ennuyais, donc je nageais sur le dos où je pouvais passer plus de temps à regarder autour de moi. » Son entraîneur lui promet de lui offrir un repas à chaque fois qu’il bat un record, alors il contrôle : un dixième ici, quelques centièmes là, et l’assurance de manger régulièrement à sa faim.

« On m’a demandé si j’aimerais faire des essais pour jouer Tarzan. J’ai dit ‘Non merci' »

Aux JO de 1928 à Amsterdam, il s’aligne sur le 100m nage libre et le relais 4×200m nage libre. Deux médailles d’or. Lui et l’équipe de water-polo des Etats-Unis échouent en quarts de finale face à la Hongrie (5-0). A la fin de sa carrière, l’énumération du palmarès officiel donne le vertige : 6 breloques olympiques, 52 titres nationaux, 67 records du monde. Et invaincu en natation aux Jeux Olympiques.

La star du grand écran

Johnny a 25 ans et toute la vie devant lui. Il passe son temps à bronzer sur les plages de Floride et devient le top-model d’une marque de maillot de bain. En 1929 sort le film Glorifying the American Girl, dans lequel il tient le tout petit rôle (non crédité au générique) d’Adonis avec une feuille de figuier comme seul vêtement. Sa première percée cinématographique.

Le studio américain MGM lorgne sur le roman d’Edgar Rice Burroughs, Tarzan Seigneur de la Jungle. Le scénariste en charge de son adaptation, Cyril Hume, remarque Weissmuller dans la piscine de son hôtel et suggère son nom aux producteurs. « J’étais à Los Angeles et on m’a demandé si j’aimerais faire des essais pour jouer Tarzan. J’ai dit ‘Non merci’. Mais ils m’ont dit que je pourrais aller dans les studios de la MGM, rencontrer Greta Garbo et déjeuner avec Clark Gable. N’importe quel gamin voudrait faire ça, donc j’ai accepté. J’ai dû grimper un arbre et courir devant une caméra en portant une fille. Il y avait 150 acteurs qui faisaient l’essai, donc après manger, je suis parti pour l’Oregon. Sur la route, quelqu’un m’a appelé au téléphone et m’a dit :
-Johnny, tu l’as eu !
-Eu quoi ?
-Tu es Tarzan !
-Il s’est passé quoi avec les 150 autres ?
-Ils t’ont choisi. »

En raison de la présence du nageur le plus rapide de l’histoire, la production inclut des scènes sous-marines. Futé. Tarzan, l’homme singe sort le 25 mars 1932 et rapporte plus de quatre fois son budget. Succès colossal. Johnny s’en accommode tout de même. « C’était du vol. Je nageais et n’avais pas grand-chose à dire. Comment un mec peut-il grimper aux arbres, dire ‘Moi Tarzan, toi Jane’ et gagner un million [de dollars] ? » Cette réplique, restée célèbre, n’a jamais été prononcée dans aucun de ses films Tarzan.

Weissmuller dans la pop culture

Car dans l’industrie du cinéma, comme dans d’autres industries culturelles, un triomphe financier doit produire une suite qui, si elle triomphe à nouveau financièrement, doit en produire une autre (qui pense que les films Fast & Furious ont été réalisés pour leur valeur artistique ?). Ainsi Johnny Weissmuller incarne-t-il douze fois le personnage de Tarzan, de 1932 à 1948, six fois pour le studio MGM puis six fois pour le studio RKO. Il devient par la suite Jungle Jim, personnage principal de films d’aventures, avant de disparaître des salles de cinéma.

Dans l’imaginaire collectif, Johnny Weissmuller est d’abord Tarzan, l’homme-singe hurleur de « O-oooo-oooo » à travers la forêt. C’est comme ça qu’il apparaît en 1967 sur la pochette de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, des Beatles. Sa tête, partiellement dissimulée derrière celle de Ringo Starr (en rose), est le collage d’un plan de film où il tient Cheeta par la main gauche. Dans l’imaginaire collectif, Johnny Weissmuller n’est pas ce nageur quasi-invaincu et détenteur de multiples records du monde. Il pourrait le redevenir.

Photographies : DR

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