Johnny Weissmuller, nager pour l’identité (1/2)

Par le 7 janvier, 2019

Avant de connaître une carrière cinématographique dans la peau de Tarzan, Johnny Weissmuller fut le premier nageur à passer sous la minute sur le 100m nage libre et battit 67 records du monde. Né en Europe, il jura toute sa vie d’être Américain.

Quand on pense à Tarzan, on pense au cri : « O-oooo-oooo » (ou quelque chose comme ça). Ce serait le croisement d’un chien, d’un soprano, d’une corde de violon et d’une hyène. Ou bien le mélange de trois voix d’hommes. Ou bien encore la création d’un chanteur d’opéra. Johnny Weissmuller, l’acteur qui a incarné l’homme-singe une douzaine de fois, en a toujours revendiqué la paternité.

Peu importe son origine, en réalité. Mais si le cri vient de lui, on regrette qu’il n’ait pas eu l’idée de le chanter lors de chacune de ses victoires. Cela aurait été amusant, bien que sa légende n’avait pas besoin de ça pour s’étoffer. Johnny Weissmuller était le meilleur nageur de l’histoire, et de loin. Après une défaite lors des Jeux Olympiques Juniors de 1921, il gagne toutes ses courses en compétition.

L’une des plus belles se déroule à la piscine des Tourelles (accueillant du water-polo sur la photo ci-dessus), lors des JO de 1924 où il affronte Duke Kahanamoku. Cet autre Américain est le double champion olympique en titre du 100m nage libre. Mais en quatre ans, la perspective a changé  : le 9 juillet 1922, lors d’une compétition nationale, Weissmuller a nagé la même distance en 58,6s, pulvérisant le record de son compatriote et devenant le premier homme à passer sous la minute sur la distance-reine de la discipline. Il avait tout juste 18 ans.

A presque 34 ans, Kahanamoku (à droite sur la photo ci-dessous) vit la dernière grande épreuve de sa carrière. Sa quête de triplé semble très incertaine. Avant de se jeter à l’eau pour la finale du 100m aux côtés de son frère, Sam, il souffle à Weissmuller : « Le plus important dans cette course, c’est d’avoir trois Américains sur le podium. Faisons-le ! » Fair-play et patriote avant tout. Son vœu se réalise. Weissmuller remporte la course en 59s, plus de trois mètres devant Duke.

Ce qui épate les initiés, c’est le style du nouveau champion olympique, composé de mouvements de jambes fluides et d’une technique de respiration inspirée du water-polo. Et pour cause : il remporte dans cette discipline la médaille de bronze en battant la Suède (3-2) – le même jour que l’or du 100m. « Le water-polo est un sport difficile. On ne pouvait jamais battre ces Yougoslaves. Quoi qu’il en soit, c’est là que j’ai appris à esquiver. Plus tard, ça s’est avéré utile lorsque Cheeta a commencé à me jeter des noix de coco. » Il revient aux Etats-Unis avec trois médailles d’or glanées sur des épreuves de nage libre, 100m, 400m et 4×200m.

Une identité secrète

Les Etats-Unis, ce pays où il a grandi mais où il n’est pas né. Car Johnny vient au monde en juin 1904 sous le nom de János Péter Weissmüller à Freidorf-Temeswar, Autriche-Hongrie (actuelle banlieue de Timişoara, Roumanie). Ses parents émigrent en Amérique lorsqu’il a sept mois. Après un passage à Chicago (Illinois) pour voir de la famille, ils s’établissent à Windber (Pennsylvanie) où son petit frère Petrus naît et se fait baptiser en 1905. Le père travaille dans les mines.

Johnny contracte la poliomyélite à 9 ans. Son médecin lui conseille une pratique soutenue de la natation comme remède à la maladie. Revenu à Chicago à l’adolescence, il quitte son lycée pour faire des petits boulots, ici maître-nageur sur le lac Michigan, là groom à l’Illinois Athletic Club. C’est à cet endroit qu’il tape dans l’oeil de William Bachrach, un entraîneur de natation tyrannique. « Tu seras mon esclave, et tu me maudiras, mais à la fin, tu battras tous les records. » Dont acte.

Johnny fait ses débuts en compétition en 1921 bat le record de Kahanamoku sur le 100m en 1922, puis nage 400m en moins de 5 minutes. Nouvelle performance de haute voltige. Les observateurs, dithyrambiques envers ce gamin, espèrent une confrontation féroce lors des Jeux Olympiques de 1924. Mais se pose la question de son identité à l’approche du tournoi qualificatif : est-il Américain ? Peut-il nager avec un maillot de bain aux couleurs de la bannière étoilée ?

Un représentant de l’Illinois, Henry Riggs Rathbone, s’en émeut publiquement. La grand-mère de Johnny prend alors la parole et prétend qu’il est né à Chicago – ce qui est évidemment faux. « Il n’a pas l’intention d’être autre chose qu’un citoyen américain. » Le Chicago Tribune titre en Une (et en majuscules) : « CAN’T BAR WEISS FROM OLYMPICS; WAS BORN HERE » (« on ne peut pas interdire les Jeux Olympiques à Weissmuller ; il est né ici ») Rathbone recule, mais en l’absence de preuves, la question demeure.

(A suivre dans la deuxième partie)

Photographies : United Archives/Leemage ; DR

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