Jordy Weiss : hissez haut El Gitano

Par le 30 janvier, 2019

Jordy Weiss, le boxeur lavallois de 25 ans, combat dans dix jours à la Soucoupe (Saint-Nazaire) avec deux ceintures sur les hanches. Portrait d’un mi-moyen invaincu et pas repu.

« J’ai remporté 11 rounds sur 12, j’ai contrôlé le combat. Ça s’est bien passé. » Le calme et le sourire accompagnant sa tirade nous donnent l’impression qu’il décrit sa cueillette de champignons dominicale. Jordy Weiss évoque en réalité son duel face à l’Espagnol Jose Del Rio, « un mec hyper bien, un vrai champion », contre qui il a défendu sa ceinture de l’Union Européenne le 17 décembre, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Sa 21e victoire en 21 matchs. Le jeune homme commence à voir sa cote augmenter. Et son nombre de supporters avec. « J’ai un car d’une cinquantaine de personnes qui s’est déplacé à Brive. Quand t’entends le public gueuler ton nom au 10e round, tu retrouves de l’énergie. »

S’il a l’habitude de boxer devant deux, parfois trois mille personnes, il voit beaucoup plus grand. Passé professionnel à 18 ans, premier combat à 19 ans, Jordy vit aujourd’hui des bourses qu’il gagne lors de ses combats. « Je ne travaille pas à côté. Je me donne à fond pour, un jour, devenir riche comme Floyd Mayweather, Jr. » Il rit. Comme son aîné, il aimerait ne pas connaître la défaite. « Perdre, ce n’est pas très grave. Mais le statut d’invaincu m’intéresse. C’est une fierté. Et on peut monnayer la ceinture et les combats. »

Depuis ses 7 ans, âge où il a pratiqué pour la première fois, la boxe constitue son pain quotidien. Sa routine. « Mais quand j’étais amateur, je faisais du football le mardi et le jeudi pour compenser les entraînements. Ça me permettait de travailler le cardio différemment. » Tous les sports l’attirent, en simple spectateur seulement. Certains appellent Jordy l’escrimeur de la boxe, pour la virtuosité de ses déplacements et les similitudes de la technique. « Tout petit, je voulais faire du karaté parce que je pensais que Bruce Lee en faisait. » Son père l’emmène dans une salle, voit des gens vêtus d’un équipement blanc, croit que c’est du judo. « C’était de l’escrime. J’ai fait une séance, ça m’a plu. Physiquement, c’est costaud ce qu’ils font. » Il garde depuis un œil dessus.

« Je suis un technicien, un styliste »

Plus que l’escrimeur, Jordy est surtout surnommé El Gitano. « Ma grand-mère espagnole vivait en roulotte. Je suis fier de représenter mes origines sur le ring. Je boxe avec une caravane à chevaux sur mon short . » Il est attaché à son mode de vie et à sa liberté d’aller où il veut quand il veut. Sa caravane et celles de sa famille sont à Changé (nord de Laval), « en attendant de récupérer une maison ». Il dit ne pas souffrir du racisme et des préjugés. « Parfois, des voitures passent, nous klaxonnent, nous insultent. Ces gens mettent un peu tout le monde dans le même sac. Si je dis bleu, ils vont dire jaune. Ça fait partie de la vie. J’ai plus d’amis que d’ennemis. »

Jordy Weiss attend son tour

A 25 ans, le boxeur a envie de progresser rapidement. Il part régulièrement à l’étranger pour se mesurer à des adversaires différents. « Les Américains n’ont pas du tout la même culture de boxe que nous. En Europe, on est davantage sur la préparation d’attaques, tandis qu’eux sont très axés sur la précision et la puissance. Moi, je suis plus un technicien, un styliste sur le ring. Là-bas, j’ai beaucoup travaillé l’efficacité de mes coups. » Entraîneurs, hébergement, trajet… : un stage aux Etats-Unis coûte dans les 10000 euros. Alors il fait les yeux doux à ses sponsors : bar, entreprises, salle de sport locales. « Ça commence à être de mieux en mieux parce que j’ai une petite notoriété à Laval, mais au début, ce n’était pas facile. »

A Las Vegas, Jordy est allé au Mayweather Boxing Club. Il y a croisé son père, Floyd Sr., qui lui a offert des gants. Le fils, c’était lors d’un gala en Angleterre. « C’est impressionnant de le voir. Il se la raconte un peu. Frapper dans le même sac que Mayweather, c’est pas mal aussi. » Il attend désormais l’opportunité pour monter en gamme, lui qui n’a jamais boxé ailleurs qu’en France. Des gens l’ont appelé « plusieurs fois » pour combattre à l’étranger. Son promoteur temporise. « Les seules ceintures crédibles, ce sont celles des champions de France, d’Europe et du monde. » IBO, WBF, WBC, WBA, WBO, IBF… : le nombre de fédérations pullule en boxe. Il faut bien choisir sa voie. « La WBA, t’as le champion par intérim, le champion, le super-champion… Tu n’es jamais champion du monde ! Il faut être champion WBC, c’est le meilleur. »

« Comme si j’avais marqué un but avec l’Equipe de France »

Pour le moment, il est champion de l’Union Européenne, et classé « 2 ou 3e » continental. Jordy attend son tour. « Ça devrait arriver fin 2019, début 2020. » Il n’a pas l’air effrayé par son potentiel adversaire, un très gros puncheur originaire de Bilbao. « Techniquement, c’est largement prenable. Il n’a rien d’extraordinaire à part une bonne droite. Sur le plan tactique, ce n’est pas génial, mais quand il touche les adversaires, il fait mal. Il faut le boxer avec la tête. Ce n’est pas toujours la puissance qui doit parler. » Son entraîneur David Rebrassé travaille avec lui la tactique et la stratégie de combat. « La méchanceté ne fait pas tout, mais si on n’est pas méchant sur le ring, on ne sera jamais un grand champion. Il faut être complet. » Autant que Mohamed Ali. « Ma référence. Il n’y a plus de boxeurs comme lui aujourd’hui. Et il n’y en aura plus. »

Discuter et boire un coup

Pour se motiver à devenir aussi grand que son idole, il écoute du rap. « J’aime bien Rohff. Son dernier album est pas mal. » Il doute que le combat entre les rappeurs Booba et Kaaris ait lieu, mais aimerait qu’ils aillent au bout de leurs provocations. « Sur un ring, on voit si t’es une bonne personne, si t’as du respect pour l’adversaire. Quand j’ai gagné la ceinture de l’Union Européenne, mon adversaire était fair play, mais zéro félicitations et zéro sourire. La boxe, c’est un show. Je peux comprendre qu’au début, c’est la guerre. Mais après le combat, il n’y a pas eu mort d’homme, on peut aller discuter et boire un coup. »

Jordy se souvient de son tout premier KO, contre le Letton Andrejs Volincuks. Il s’est senti puissant. « Quand j’ai mis KO [l’Espagnol Jonathan Valero] pour la ceinture méditerranéenne, c’était un moment immense. Comme si j’avais marqué un but avec l’Equipe de France de football en Coupe du monde. » Dans dix jours, remettra-t-il le couvert dans la Soucoupe ? 

Illustration : Luisa Touya

Photographie : Nathalie Lavergne

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