Le gentleman d’Epsom

Par le 2 mars, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Le gentleman d’Epsom (France, 1962).

La course

Casaque verte : Jean Gabin

Casaque rouge : Louis de Funès

Casaque jaune : Madeleine Robinson

Casaque bleue : Jean Lefebvre

Les turfistes

Albert Simonin, Michel Audiard, Francis Lemarque, Michel Legrand

Le commentateur

Léon Zitrone

Le directeur de l’hippodrome

Gilles Grangier

C’est quoi, l’histoire ?

A Chantilly ou à Longchamp, on l’appelle le « Commandant ». Chevelure et moustache blanches, imposante silhouette, orateur hors-pair, le gentleman Richard Briand-Charmery (Jean Gabin) escroque des amis, des connaissances, ou des gens qui lui font simplement confiance en leur refilant des mauvais tuyaux.

Le film se veut davantage un portrait de cet homme, ses combines, ses succès, ses déboires, son entourage. Il n’y a pas vraiment d’enjeu, à peine quelques péripéties.

C’est qui, les acteurs ? Les actrices ?

Jean Gabin, qu’on ne présente plus.

Louis de Funès, qu’on ne présente plus.

Je ne vous présente donc pas les scènes où ils apparaissent ensemble, elles ne vous étonneront pas.

Jean Lefebvre, qu’on pourrait ne pas présenter mais je vais le faire au risque de passer pour un tire-au-flanc. Ses principaux rôles : Paul Volfoni dans Les tontons flingueurs, le gendarme Lucien Fougasse dans les quatre premiers films de la série des Gendarmes (à Saint-Tropez, à New-York, au mariage, et en balade), ainsi que le soldat Pithivier dans La septième compagnie. Et puis toute une flopée de rôles pour Georges Lautner, Jean Girault, Yves Allégret, Robert Lamoureux…

Les femmes n’ont guère accès aux champs de course. Mais en-dehors, Maud tient le rôle féminin le plus important (voir un peu plus loin). Son interprète, Madeleine Robinson, a notamment joué la mère d’Isabelle Adjani dans le film Camille Claudel.

C’est qui, derrière la caméra ?

Gilles Grangier, une douzaine de films avec Jean Gabin, son acteur chouchou, et une quinzaine avec Michel Audiard, son dialoguiste favori. Son film le plus connu est sans doute Le cave se rebiffe, qui réunit ses deux compères et un Bernard Blier légèrement énervé : « Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Écosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l’italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… »

Le scénario du gentleman d’Epsom est écrit par Albert Simonin, qui s’y connaît aussi bien qu’Audiard en argot. Il a écrit Le petit Simonin illustré, un dictionnaire qui explique très simplement la différence entre plusieurs termes : « Ainsi le violent sera riche de vocables ayant trait au combat, aux affrontements, aux armes, au trépas, tandis que le voluptueux disposera d’un arsenal surprenant de mots se rapportant à l’anatomie intime et aux mécanismes érotiques. Chez le cupide, on trouvera une dominante de termes évoquant l’argent, les façons de se le procurer et de le mettre hors d’atteinte des convoitises, alors que le pusillanime, pressentant d’implacables probabilités, se distinguera par une abondance de locutions axées sur la répression policière, les rigueurs de la magistrature, la vie et les mœurs dans l’univers des prisons. » Limpide, non ?

Sinon, il y a Francis Lemarque et Michel Legrand à la musique. Le premier, très grand compositeur de chansons, et le second, très grand compositeur de musiques de films, font incontestablement partie des meilleurs auteurs de leur génération.

Et ça galope ?

Un peu.

Les scènes d’hippodrome servent avant tout à souligner l’admiration que suscite le Commandant le long de la main courante. La valeur des jockeys ou la souffrance des chevaux n’ont ici aucune importance. Le sport n’est qu’un prétexte.

Une scène à retenir ?

Certainement celle du restaurant, entre Richard et Maud, deux vieux amants que la vie a séparés et qui se retrouvent au hasard d’une rencontre. Il l’invite à dîner. L’endroit est sublime. Ils ressassent le passé. Se noient dans l’abîme.

C’est une scène suspendue, un peu à l’écart, qui n’a (presque) pas de liens avec la petite escroquerie du Commandant. Ce qui fait une partie de sa beauté.

En bref, c’est quoi ton avis ?

Gilles Grangier, Louis de Funès, Jean Gabin, Jean Lefebvre, Albert Simonin, Michel Audiard, Francis Lemarque, Michel Legrand. Nom d’une pipe, quelle réunion d’esthètes ! Et pourtant, le film ne convainc pas tout à fait.

Il manque quelque chose : peut-être des acteurs pleinement investis ; peut-être un supplément d’âme ; peut-être un scénario un peu plus étayé… Reste les dialogues d’Audiard, mais cela suffit-il à faire un film ?

Et avec qui tu me recommandes de le regarder ?

Nana Mouskouri : 2/5

Jacques Audiard : 5/5

Florence Moncorgé-Gabin : 5/5

Bertrand Blier : 4/5

Jean de la Fontaine : 0/5

Orelsan : 3/5

Laetitia Larusso : 1/5

Illustrations : captures d’écran. DVD édité par René Chateau Video.

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