Le joueur d’échecs

Par le 9 mars, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Le joueur d’échecs (AUT, 1943).

Le duel

Les blancs : Mirko Czentović

Les noirs : M. B.

Les spectateurs

Le narrateur, M. MacConnor, et quelques curieux

L’organisateur

Stefan Zweig

C’est quoi, l’histoire ?

A bord d’un bateau voguant vers l’Argentine, le narrateur apprend la présence parmi les passagers du champion mondial des échecs, Mirko Czentović. Afin d’en savoir davantage sur cet homme qui « excite » sa curiosité, il essaie de l’attirer à sa table…

Le joueur d'échecs capture d'écran

C’est qui, les personnages ?

Il y a d’abord le narrateur, dont l’identité demeure inconnue. On sait qu’il est Autrichien et qu’il voyage avec sa femme. Il en sait très peu sur les échecs, au vu de la méconnaissance dont il fait preuve lorsque son ami lui parle de Mirko Czentović. Son attrait pour ce jeu ? ce loisir ? ce sport ? n’est cependant pas feint. Il oscille entre fascination et moquerie.

Il va user d’un stratagème plutôt efficace pour amener le champion du monde dans les mailles de son filet. Un stratagème qui trouve sa consécration avec un ingénieur écossais nommé MacConnor. Celui-ci, self made man à l’allure d’athlète ayant sans doute « un goût prononcé pour le whisky », est l’homme qui va payer Czentović pour jouer une partie contre eux. La conséquence d’un ego mal placé qui sied parfaitement au narrateur, atteignant là son objectif.

Ce Mirko Czentović est un prodige des échecs à défaut de l’être d’autre chose ; « son inculture dans tous les domaines était universelle », est-il écrit entre guillemets au tout début du récit. Quoique très arrogant, il ne se livre à personne. Tous ignorent la profondeur de sa bêtise. Quelqu’un d’aussi doué pour les échecs peut-il être si idiot ?

Et puis il y a ce M. B, ce personnage qui intervient au premier tiers du récit et qui va constituer la matière principale des deux tiers restants.

C’est qui, qui tient le stylo ?

Stefan Zweig, né au 19e siècle en Autriche-Hongrie et mort au 20e siècle au Brésil, 60 ans plus tard. L’auteur est surtout connu pour ses nouvelles – une quarantaine en tout, comme La confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Amok ou Les prodiges de la vie. Il a aussi écrit un opéra, des poèmes, des pièces de théâtre, deux romans (inachevés), des biographies, et a traduit Verlaine, Rimbaud et Baudelaire, parmi d’autres. Sa nombreuses correspondance – avec Sigmund Freud, Richard Strauss ou encore Romain Rolland – a également fait l’objet d’une publication.

La nouvelle Le joueur d’échecs a été éditée à titre posthume en 1943 à Stockholm, là où l’éditeur de Zweig, Bermann Fischer, s’était exilé. Elle a paru en France en 1944.

Et ça joue ?

Oui. C’est même le principal ressort de la nouvelle. Les échecs y symbolisent la puissance de la réflexion, via Czentović, et la puissance de l’imagination sur le châtiment, de l’esprit sur le corps, via M. B.

Ils sont une curiosité pour le narrateur, une preuve de supériorité pour M. Czentović, une preuve de vanité pour M. MacConnor, et une réelle libération pour M. B.

Un paragraphe à retenir ?

Un paragraphe décrivant le champion du monde d’échecs Mirko Czentović.

En bref, c’est quoi ton avis ?

Ode à l’humanité et au pouvoir de l’imagination, critique farouche du fascisme et de son pouvoir de nuisance sur l’esprit, Le joueur d’échecs se lit en deux petites heures et son souvenir perdure deux bonnes années, a minima. Des personnages bien caractérisés, de l’humour, des descriptions des interrogatoires orchestrés par les nazis très justes… et une conclusion intelligente.

Autant dire : vous ne perdrez pas votre temps.

Et avec qui tu me recommandes de le regarder ?

Garry Kasparov : 5/5

Vladimir Poutine : 0/5

Astrud Gilberto : 1/5

James Cameron : 3/5

Leïla Slimani : 3/5

Auguste Rodin : 2/5

Cette nouvelle est parue dans moult collections.
La version présentée ici fut traduite par Jacqueline Des Gouttes en 1944,
révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent en 1991
et sortie en poche la même année.

Leave Comment

About Author

author

Abonnez-nous à notre hebdoletter