Le stratège

Par le 23 mars, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Le stratège (Moneyball en VO, EU, 2011).

Le match

Sur le banc

Brad Pitt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman, Robin Wright

En tribunes

Bennett Miller, Aaron Sorkin, Steven Zaillian, Michael Lewis

C’est quoi, l’histoire ?

Billy Beane (Brad Pitt) est directeur général de l’équipe de baseball des Oakland Athletics. Il en a plein le dos des défaites à répétition de son équipe dont les performances restent tributaires d’une masse salariale restreinte.

En rencontrant Peter Brand (Jonah Hill), un jeune diplômé de Yale, il va commencer à utiliser intelligemment les statistiques pour bâtir une équipe performante à moindre coût, contre l’avis de son staff.

C’est qui, les acteurs ? Les actrices ?

Brad Pitt, Chris Pratt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman : ce sont des noms familiers pour qui suit l’actualité hollywoodienne. Certains jouent quelque peu à contre-emploi : Hill, membre de la confrérie Judd Apatow (40 ans, toujours puceau, En cloque, mode d’emploi, Funny people…) est plus connu pour ses rôles comiques, de même que Chris Pratt, à l’époque héros désopilant de la série Parks and Recreation. Et le personnage qu’endosse Seymour Hoffman est exceptionnellement calme et flegmatique.

Tout ça sent un peu le parfum Axe. Il n’y a guère que Robin Wright qui apporte une (toute petite) touche de féminité dans ce monde de sportifs. Autant dire que le film ne passe absolument pas le test Bechdel.

C’est qui, derrière la caméra ?

Le livre de Michael Lewis, Moneyball: The Art of Winning an Unfair Game, est acheté par la Columbia en 2004, et Stan Chervin en signe un premier jet scénaristique. Brad Pitt est impliqué dans le projet trois ans plus tard, Chervin est évincé, Steve Zaillian reprend son travail et signe un deuxième jet. David Frankel doit réaliser.

Puis, c’est au tour de Steven Soderbergh d’être engagé, à la place de Frankel. Il souhaite faire du scénario de Steve Zaillian un film semi-documentaire. Le producteur Sony, qui a déjà investi dix millions de dollars, est conscient que le baseball constitue un sujet casse-gueule, peu sexy et difficilement vendable hors des frontières américaines. Le studio refuse sa proposition, Soderbergh quitte la production.

Le désir de Brad Pitt d’incarner Billy Beane est plus forte que tout. Sony a besoin de têtes d’affiche, et l’intégration d’Aaron Sorkin, scénariste connu et reconnu (la série A la Maison-Blanche, le film The social network), va dans ce sens. Celui-ci appelle Zaillian et lui demande s’il peut écrire de nouvelles scènes. Zaillian accepte, pensant que cela vaut mieux que de démanteler le scénario : « Ce dont je me rappelle le plus à propos de cette conversation, c’est lorsque j’ai demandé [à Sorkin] ce qu’il ferait si je lui demandais ce qu’il était en train de me demander. Il m’a dit sans hésitation : ‘je mettrais le feu au studio’. »

En remplacement de Steven Soderbergh, Bennett Miller est choisi pour réaliser le film (il a tourné Truman Capote, en 2005). Sorkin et Zaillian lui envoient séparément de nouvelles pages de scénario, en ne se concertant pas. Ce qui n’a pas eu l’air d’effrayer Sorkin : « Steve et moi, on travaillait en même temps, et on se concentrait sur différentes séries de scènes. Ce n’était pas une situation idéale, mais l’essentiel était de franchir la ligne d’arrivée. On courtisait tous les deux la même fille, mais on était beaucoup trop investi à cet instant pour laisser notre amour-propre nous arrêter. »

Et ça frappe ?

Assez peu, en fait. Et il y a une cause à ça. On suit surtout le personnage incarné par Brad Pitt. Or…

On suit donc les matchs à travers lui et sa radio, qu’il emmène dans son bureau, dans la salle de musculation ou dans les gradins (lorsque l’équipe joue à l’extérieur).

Le film parle de baseball, mais depuis les coulisses – ça n’étonnera pas les amateurs de la filmographie d’Aaron Sorkin, connu justement pour ça. Qu’on voit le match ou pas, peu importe : seuls comptent le résultat et les conséquences de la politique sportive engagée par Billy et son assistant Pete.

Une scène à retenir ?

Une parmi d’autres : au cours de la saison, Pete doit signifier à Carlos Peña qu’il a été cédé aux Detroit Tigers. La scène dure une petite minute, contient peu de dialogues, et montre très simplement l’inhumanité du système sportif américain.

En bref, c’est quoi ton avis ?

Excellent film de baseball qui montre une révolution en passe de se jouer : celle des statistiques. Les recruteurs ont beau avoir du nez et regarder 95% des matchs de saison régulière, les stats disent autre chose. De là naît le changement complet de stratégie sportive à l’aube du 21e siècle.

Il ne faut donc pas s’attendre à voir du sport. On voit Jonah Hill imprimer des feuilles de chiffres, Brad Pitt cracher dans un gobelet, Seymour Hoffman faire la moue dans son bureau, mais très peu les balles voler. C’est un choix. Audacieux, et passionnant.

Et avec qui tu me recommandes de le regarder ?

Angelina Jolie : 1/5

Gérard Miller : 3/5

Françoise Sagan : 0/5

Michael Pitt : 4/5

Bernard Montiel : 2/5

Véronique Genest : 4/5

Wong Kar-wai: 2/5

DVD et Blu-Ray édités par Sony Pictures

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