Les Chemins du Triomphe

Par le 19 octobre, 2018

Tous les vendredis, une oeuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui, Les Chemins du Triomphe (Glory Road, EU, 2006)

Au cours des années 60, Don Haskins est l’entraîneur d’une équipe de lycéennes lorsqu’il est engagé par une petite université pour entraîner son équipe, les Texas Western Miners. Il s’agit pour lui d’intégrer la première division de la NCAA – la National Collegiate Athletic Association, soit le plus haut niveau universitaire des Etats-Unis et l’antichambre de la NBA. Son petit budget ne l’autorise pas à recruter des cadors. Il se rabat donc sur des joueurs de rue, physiquement et techniquement impressionnants mais un peu moins disciplinés. Problème : ils sont noirs, ce qui fait tâche dans le très conservateur Texas – et bien au-delà.

Des éléments rapprochent ce film du Grand Défi (dont on avait parlé en début d’année), avec son entraîneur qui bouscule les méthodes établies et une équipe qui va progressivement se transcender. Ce qui change ici, c’est la problématique raciale. Le titre laisse peu de place à l’ambiguïté car tous les Américains connaissent cette histoire : cinq noirs dans le 5 majeur d’une équipe finaliste de NCAA, du jamais-vu. Et une victoire en apogée.

Cette victoire intervient en plein mouvement afro-américain des droits civiques. Pour autant, il est totalement mis hors-champ du film que le producteur, Disney, a sans doute voulu dépolitiser. Il est seulement fait mention de Martin Luther King dans un dialogue.

Les joueurs font face au racisme, physiquement et psychologiquement, mais la violence est nettement aseptisée. Le film doit être visible par le grand public, dont les enfants.

L’entraîneur Don Haskins fut une figure marquante du championnat universitaire américain. Mort en 2008 (deux ans et demi après la sortie du film), il a passé près de 40 ans à la tête des Miners, compilant plus de 700 victoires – pour plus d’un millier de matchs joués. Mais un seul titre, celui de 1966.

Il n’a jamais voulu se considérer comme un quelconque pionnier : « Je ne pensais vraiment pas à faire commencer cinq noirs. Je voulais juste mettre mes cinq meilleurs joueurs sur le terrain. Je voulais juste gagner ce match. » Bien qu’il ne veuille rien revendiquer, difficile de ne pas y voir un geste, sinon politique, du moins symbolique.

Le film s’inspire de son autobiographie du même nom et sortie en 2005. Cela valait bien une apparition en pompiste.

Côté musique, une BO de qualité : Stevie Wonder, The Temptations, Otis Redding, The Isley Brothers, The Supremes…

Bien que le film ne brille ni par son originalité, ni par son point de vue, ni par son scénario, ni par sa vision un peu manichéenne (oui, ça fait beaucoup…), il se regarde plutôt bien. Des paniers, du jeu, des actions, le plaisir sportif demeure avant tout. On n’aurait néanmoins pas craché sur quelque chose d’un peu plus subversif.

Edité en DVD et Blu-Ray chez Walt Disney

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