Marie-Amélie Le Fur : « Le sport m’a aidé à comprendre mon handicap »

Par le 5 mars, 2018

Athlète handisport de 29 ans, Marie-Amélie Le Fur a pris du repos depuis Rio 2016. Le temps d’avoir des projets familiaux, le temps de prendre du recul, le temps de penser à son avenir, elle se remettra bientôt à l’entraînement dans l’optique des Jeux 2020. Bien peu de gens la reconnaîtraient dans la rue malgré ses huit médailles paralympiques, mais elle le prend avec philosophie. Son objectif : faire durer la flamme du plaisir.

 

Vous faites du sprint et de la longueur, ce sont des disciplines différentes à l’entraînement ?

Ce sont des choses cohérentes l’une avec l’autre. On travaille les mêmes capacités : la puissance et l’explosivité, en rajoutant une spécificité technique sur la longueur. C’est devenu plus compliqué pour moi lorsque j’ai fait le choix d’aller sur le 400m. Là, on est beaucoup plus sur la filière lactique, ce qui est moins en cohérence avec le saut en longueur. A la base, je suis une coureuse de demi-fond. Je suis devenu sprinteuse par l’accident, par l’obligation de descendre sur les disciplines plus courtes si je voulais faire les Jeux. Finalement, je me rends compte que faire plusieurs disciplines très différentes permet mentalement de passer des charges d’entraînement plus importantes. Il n’y a pas de lassitude. Quant aux Jeux 2020 de Tokyo, le problème est résolu dans la mesure où il n’y aura pas de 400m. On va donc repartir sur 200m et longueur, un profil tout à fait cohérent.

Il n’y aura pas de 400m aux Jeux Paralympiques 2020 ?

C’est fini. Il y a eu une réforme du mode de classification des athlètes. Depuis quelques années, on courait avec les doubles amputées en estimant qu’être simple ou double amputée n’avait aucune incidence sur la performance. Sauf qu’on se rend bien compte qu’être double amputée procure un « avantage » – même si je n’aime pas ce mot-là – sur les disciplines à partir du 200m. L’objectif est d’avoir une équité au départ pour chaque sportif, donc à partir de cette année, dans les catégories femmes, les doubles amputées seront séparées des simples à partir du 200m. Et comme ils veulent avoir une densité très importante de concurrentes, ils préfèrent fermer des épreuves pour regrouper les athlètes sur les mêmes disciplines. Il y a beaucoup plus de filles qui font le 200m que le 400m, c’est un choix tout à fait compréhensible. La cohérence par rapport à la densité. C’est dur à accepter parce que j’avais misé beaucoup d’espoirs là-dessus, mais il faut l’accepter.

L’athlète actuellement en forme sur le 100m dans votre catégorie, T44, c’est la Britannique Sophie Kamlish. Elle a 21 ans et a terminé 4e aux Jeux Paralympiques de Rio. Elle a explosé le record du monde du 100m dans les séries aux championnats du monde l’an passé, à Londres, en 12.90, et a gagné l’or dans la foulée en 12.92. C’est la relève ?

Je l’ai découverte aux Jeux Paralympiques de Londres, en 2012 ; ça fait longtemps qu’elle est dans le circuit. C’est une jeune fille très introvertie, toujours la petite fleur dans les cheveux, on a l’impression qu’elle est très douce… Elle fait partie de l’école anglaise, c’est-à-dire qu’elle a compris comment un athlète amputé devait courir. Pour nous, la référence, c’est Jonnie Peacock [athlète britannique amputé de la jambe droite qui court le 100m] : les Britanniques ont compris qu’il fallait déstructurer droite-gauche, et qu’il y avait une façon de courir qui maximisait l’utilisation de la prothèse. On a l’impression que Sophie met en place le modèle utilisé par Peacock depuis 2012 : une technique de course très particulière, très assise, où elle va vraiment chercher le piston pour utiliser le ressort de la prothèse. Ce qui explique ses performances. Ce n’est pas joli à voir parce que c’est déstructuré, mais c’est très efficace. C’est elle qui maîtrise le mieux la technique de course optimale sur un 100m. Personnellement, je n’aime pas cette technique : elle est très compliquée et n’est pas productive sur un 200m ou un 400m. La mienne me permet de courir plus longtemps, et de façon plus fluide. C’est aussi pour ça que mes performances n’augmentent pas forcément. Mais il va falloir que je me pose la question pour 2020.

Les records du monde sont encore largement battables dans les années à venir ?

Oui, le monde du handisport s’est largement professionnalisé, et les records du monde sont beaucoup tombés entre 2010 et 2016.  Ça tend à se lisser, on aura moins de progression dans les prochaines années. Mais côté féminin, dans la technique de course et l’utilisation du matériel, on avait des progrès à faire, donc les records du monde devraient continuer à tomber un peu. Ça faisait quelques temps que celui du 100m n’avait pas été battu. Maintenant que Sophie est arrivée dans le circuit et a compris comment ça fonctionnait, elle va être suivie par d’autres filles assez rapidement.

Et elle a franchi la barrière psychologique des 13s.

Oui, comme on aimerait bien passer les 6m en longueur. Quand on est la première à la franchir, c’est toujours gratifiant. Et puis le monde handisport progresse sans qu’on ait forcément de gros changement au niveau matériel, contrairement à ce qu’on évoque régulièrement dans la presse.

« Je cours bien, je cours vite,
mais je cours comme une valide »

Le handisport s’est professionnalisé, ça veut dire que vous passez plus d’heures à l’entraînement ?

Dans certains pays, effectivement, on a vraiment des athlètes devenus professionnels. Les Anglais le sont à 100% et gérés exactement comme les valides. En France, on n’en est pas encore là. Il reste beaucoup de disciplines précaires. On n’est pas aux États-Unis, ni en Angleterre.

Vous sentez qu’il y a des avancées à ce niveau ?

Oui, on arrive à trouver des sponsors, à avoir des contrats aidés, c’est-à-dire des emplois du temps aménagés dans notre travail respectif pour pouvoir s’entraîner. A titre personnel, je suis détachée à 50% chez EDF. Au niveau de l’État, on est reconnu de la même façon. On avance.

Une prothèse, c’est très cher. Est-ce que vous connaissez des gens qui voulaient faire du sport de haut niveau et pour qui le coût a été rédhibitoire ?

Pour simplement recourir, le coût est rédhibitoire pour énormément de gens. On n’a aucun remboursement sur les prothèses de sport, c’est du financement à 100% personnel. On est donc obligé de se tourner vers le milieu associatif. Et c’est très compliqué, d’autant plus à l’âge adulte. Avec les enfants, les clubs services ou des associations arrivent à créer des financements. Il y a une super association qui s’appelle Entr’aides, qui permet via un partenariat de mutualiser les prothèses de course. L’enfant va recevoir une prothèse tous les ans, ou plus souvent en fonction de son taux de croissance. Et au lieu de payer 7000€, les parents paient un chèque de caution de 400€ pour adhérer à l’association. On s’affranchit totalement de la contrainte financière. Et ça permet d’avoir des jeunes qui se construisent dans le sport. Mais on ne parle même pas de haut niveau. Ça, c’est un choix et une envie. Ensuite, vient la question de l’accident en cours de vie : comment on fait pour que ces gens-là accèdent à une prothèse ? Petit à petit, ça se met en place. Aux États-Unis, ils se sont réappropriés les blessés de guerre pour les mettre dans les équipes sportives. On est en train de le faire en France, parce que ce sont des gens motivés et qui ont les capacités physiques.

A quel point la prothèse dope la performance des athlètes ?

Je n’ai jamais récupéré le niveau que j’avais avant mon accident, donc je ne pense pas que ça soit dopant. Ou alors j’utilise mal mon matériel, c’est une éventualité… (rires) Actuellement, les prothèses sont très abouties, mais je ne pense pas qu’on soit sur du dopage technologique. On ne pallie pas 100% des fonctionnalités d’une jambe. Même en utilisant très bien le matériel. Kamlish est une athlète 100% professionnelle qui s’entraîne au même titre que les valides. Si elle n’a pas le niveau d’une sportive valide, ça veut dire qu’il y a un blocage anatomique ou physiologique qui limite la performance.

Sur la ligne de départ, les lames sont les mêmes ?

Quasiment. Il y a deux gros fournisseurs au niveau mondial, et actuellement, 70% des athlètes courent avec le même modèle. Le dopage technologique entre nous n’existe pas. On a accès aux mêmes interlocuteurs, à tel point qu’on travaille avec les mêmes ingénieurs alors qu’on est concurrentes.

Après votre accident, vous avez dû réapprendre à marcher, puis à courir. Est-ce que ça a été long ?

Non, la marche se fait assez naturellement. Les repères et l’équilibre changent, mais ça reste plutôt simple. Ce sont des protocoles bien rodés. En plus, j’étais jeune, j’avais 15 ans, donc la faculté d’apprentissage est assez rapide, surtout quand on n’a pas de douleurs. Pour la course, c’est plus compliqué parce que la prothèse est différente, mais ç’a été facile dans la mesure où je n’ai pas choisi de recréer quelque chose de nouveau ; j’ai simplement cherché, avec mon nouveau matériel, à retrouver la même façon de marcher et de courir qu’avant, à partir d’une technique copiée sur les valides. C’est peut-être l’erreur qu’on a faite. On aurait pu chercher la façon optimale de courir avec une prothèse. Du coup, je ne suis pas arrivée à un modèle abouti. Je cours bien, je cours vite, mais je cours comme une valide. Là-dessus, je pense que je ne suis pas à 100% de mon apprentissage. La période la plus dure reste sans doute à venir. Il faut déconstruire plein de choses.

Dans l’« idéal », il faudrait donc naître amputé ?

Oui, il y a des avantages. Parce qu’on se construit comme ça. L’appropriation de la prothèse n’est pas du tout la même. Il y a un niveau de maîtrise différent. Quand on a un accident en cours de vie, on veut retrouver ce qu’on avait avant, donc on se reconstruit avec un modèle passé. Il faut arriver à se réapproprier ce nouveau modèle, et d’autres sont certainement plus douées que moi… (sourire) Ça me prend plus de temps.

Vous avez raconté que, le lendemain de votre amputation, votre cerveau avait l’impression que votre jambe était toujours là. Est-ce que, 15 ans plus tard, vous vivez toujours comme si votre jambe était toujours là ?

Non, j’ai compris depuis qu’elle n’était plus là. Au début, on souffre des douleurs du membre fantôme : quand le cerveau croit que la jambe est encore là et lui envoie des informations. C’est une situation assez rigolote, dite comme ça, mais c’est très douloureux pour certaines personnes, parce que ça envoie de l’influx nerveux sur quelque chose qui n’existe plus. Comment accepter son handicap quand votre cerveau et votre corps vous font croire quotidiennement que votre jambe est encore là ? C’est aussi une façon d’entretenir le déni que de ne pas traiter les douleurs du membre fantôme. Il ne faut pas prendre ça à la légère. Personnellement, j’ai eu de la chance parce que j’ai été amputée jeune. Mais selon l’âge, c’est une douleur plus ou moins facile à faire disparaître.

« Ce n’est pas parce que mon corps fonctionne
différemment que ça me rend différente »

L’athlète belge Marieke Vervoort, médaille d’argent sur le 400 m en fauteuil aux Jeux Paralympiques 2016, est atteinte d’une maladie dégénérative et a dit vouloir recourir à l’euthanasie. Elle avait repoussé sa décision ces dernières années, disant que le sport était « [s]a raison de vivre ». Pour vous aussi, ça a été une des raisons de vivre ?

Ma situation est très différente dans la mesure où je n’ai pas les souffrances qu’elle ressent. Elle a trouvé un équilibre dans le sport et c’est le seul moment où elle trouve un exutoire à sa douleur. Quand elle se retrouve prisonnière de sa souffrance, on peut imaginer pourquoi elle pense à l’euthanasie. J’ai la chance d’avoir un handicap stable, non dégénératif, sans douleurs. Et plein d’autres choses dans ma vie : un travail, une famille. Le sport m’a énormément aidé à comprendre mon handicap, à l’accepter, à faire des choses exceptionnelles, qui m’ont rendu heureuse. Je me sens bien dans mon handicap et je n’ai pas du tout les mêmes questions qu’un individu qui en souffre.

A 15 ans, on s’accroche à quelque chose. Pour vous, ça a été le sport ?

Moi, ç’a été la famille, et le sport, oui. Et quand j’ai considéré les choses que j’avais vraiment perdues, il y avait le monde professionnel des pompiers, l’aspect esthétique, et une jambe. C’est tout ! Je me suis raccroché à tout ce qui restait, et il restait énormément de choses. J’ai regardé vers l’avenir plutôt que de me concentrer sur le peu de choses que j’avais perdues. J’ai eu la chance d’être dans une dynamique motrice grâce à mes proches ; je me suis donc concentré sur les choses que je pouvais encore faire.

En société, vous avez tendance à dissimuler le handicap. Sur la piste, vous le montrez. Ç’a été simple ?

Je ne me suis jamais trouvé gênée de le montrer ou d’en parler. Et je ne vois pas pourquoi on devrait être mal à l’aise. C’est une situation qu’on n’a pas choisie, ça fait partie de la vie. Ce n’est pas parce que mon corps fonctionne différemment que ça me rend différente, et surtout pas moins bien. Et lorsqu’on prend conscience que ce handicap fait partie de nous, et qu’il ne nous rend pas meilleur ou moins bon que quelqu’un d’autre, on continue à avancer. Si on est bien dans notre corps, bien dans notre tête, on envoie des signaux positifs et les gens nous acceptent mieux. Si on est dans un mal-être, si on est dans une remise en question permanente de soi-même par rapport aux autres, on envoie des signaux négatifs, et les gens vont s’attarder sur le handicap.

Vous avez accumulé 22 podiums, dont 8 titres de championnes. Est-ce que vous souffrez d’un manque de reconnaissance ?

Dire non, ce serait mentir. Il y a des fois où j’aimerais être reconnue au même titre que d’autres sportifs au palmarès équivalent. Mais je sais qu’il y a des sports plus connus et reconnus que d’autres, et au-delà du côté médiatique ou financier, je suis consciente de la richesse des échanges humains. C’est un bonheur exceptionnel ! J’ai aussi eu l’occasion de participer à des choses extraordinaires, de faire des super rencontres, de connaître le monde du cinéma ou de la télévision… Et puis j’ai eu la chance d’avoir une vie normale, très tranquille. Je n’ai pas les désagréments que la notoriété implique.

L’athlétisme n’est pas assez reconnu, selon vous ?

Si, mais mon sport, c’est le handisport. Quand vous cherchez mon sport, c’est handisport, pas athlétisme handisport. Le handisport est un sport à part entière.

Vous ne faites pas le même sport que Christine Arron, par exemple ?

Si, mais il n’est pas appelé de la même façon. On appartient encore à la Fédération handisport. Et c’est aussi la différence avec les Anglais : chez eux, les fédérations sont mixtes. On y vient petit à petit en France.

Quelques semaines avant chaque Jeux Paralympiques, on entend qu’il y a un manque d’investissement financier, et que le public ne sera pas au rendez-vous. N’est-ce pas vexant pour vous ?

Oui, on l’a encore entendu pour les Jeux Olympiques d’hiver, à Pyeongchang… On voudrait que les stades soient pleins mais on ne fait pas de publicité pour l’événement. Et puis on dit que les Jeux Paralympiques sont moins regardés, mais ils sont diffusés sur un temps scolaire, où la plupart des gens travaillent… On sait très bien qu’on n’a pas l’aura des Jeux Olympiques, parce que c’est un univers en construction, parce que tout le monde n’est pas encore à l’aise avec la condition du handicap, et parce que le handisport n’est pas développé de façon égale partout dans le monde. Ça prend du temps. La reconnaissance du handisport est un long travail à mener : éducatif, pédagogique, générationnel.

Aux Jeux Paralympiques (2012) et aux championnats du monde (2017) de Londres, le stade était plein ?

Oui, en 2012, on nous a communiqué dès la cérémonie d’ouverture qu’on jouerait à guichets fermés toute la semaine. Lorsqu’on arrive sur un pays assez mature pour accepter la performance et regarder le handicap, on n’a pas de problèmes à remplir les stades. Et il y avait beaucoup de spectateurs en 2017, notamment les soirs et le week-end. On n’avait jamais vu ça pour un championnat du monde.

Et à Rio (2016) ?

C’était moins rempli, mais avec un public très familial. Surtout le week-end. La population brésilienne s’est retrouvée en décrochage des Jeux Olympiques, en estimant qu’ils ne servaient pas leur population et qu’ils leur apportaient même des difficultés. Les Jeux Paralympiques étaient plus accessibles financièrement. Ils leur parlaient. Ils n’étaient pas du tout connaisseurs d’athlétisme, mais semblaient très contents de découvrir ce sport. Et je n’avais pas l’impression qu’ils faisaient état du handicap.

Que pensez-vous de l’idée de mêler les Jeux Olympiques et Paralympiques ?

Si c’est juste pour les faire cohabiter l’un à côté de l’autre, je n’en vois pas l’intérêt. Ce serait noyer le handicap au milieu du reste. On risquerait de perdre la visibilité médiatique qu’on obtient sur des sports mineurs. Là, on a peut-être un événement moins connu et reconnu, mais quand les gens viennent, on sait qu’ils sont là pour nous. A Londres, les 80000 personnes qui ont acheté leur billet, ils l’ont fait parce qu’ils reconnaissaient notre niveau de performance. C’est ultra-valorisant. Je suis contente qu’on ait nos propres Jeux.

« Je n’ai qu’une envie,
c’est de revivre les Jeux »

Vous disiez que Rio était vos derniers Jeux. Finalement non ?

Oui, je pensais être arrivée au bout d’un modèle et avoir pris tout le plaisir qu’il y avait à prendre. En fait, je me rends compte qu’il y a encore plein de choses à développer sportivement, et à vivre humainement. Je me suis éloigné des stades pendant un long moment, et je n’ai qu’une envie, c’est de revivre les Jeux. Et puis il y a toute une génération qui arrive, à qui j’ai envie de transmettre et de partager mes erreurs passées.

Lesquelles ?

Mon choix de technique de course, la vie que j’ai menée, mes entraînements… J’ai perdu du temps à certains moments, et je pense qu’aujourd’hui, je conseillerais à un jeune de faire différemment.

En 2024, vous aurez 36 ans. Les Jeux Paralympiques de Paris, c’est faisable ?

Oui, tout est faisable. (sourire) Il y a la question de l’envie, de la faisabilité. Et il y en a une autre : est-ce qu’il vaut mieux être acteur ou spectateur des Jeux de 2024 ? Quand on est acteur, est-ce qu’on vit pleinement les Jeux ? Je ne sais pas. La réflexion sera à mener. On verra après 2020. C’est une éventualité qu’on ne peut pas tout à fait exclure.

Vous êtes coprésidente du comité des athlètes au sein de l’organisation de Paris 2024. Votre rôle, c’est de faire reconnaître davantage le handisport ?

C’est de travailler pendant sept ans sur des outils pédagogiques pour que les gens sachent ce que c’est, comprennent que les déterminants de la performance sont les mêmes, s’attachent aux athlètes. Et tout ça pour remplir les stades dans six ans. C’est un peu ce qui s’était fait pour Londres. Avant d’avoir les Jeux, la condition du handicap n’était pas exceptionnelle là-bas. On veut suivre le même modèle. Tout ce qu’on va faire au niveau de la reconnaissance du sport paralympique et du handisport, ça servira la condition des personnes en situation de handicap en France. On va peut-être pouvoir changer le regard de la société.

Il y a des signaux positifs ?

Oui, plein : le taux d’audience des Jeux Paralympiques, le niveau de connaissance des gens, l’insertion professionnelle, la connaissance du multi-handicap… Beaucoup de modèles travaillent en faveur du handicap, le sport n’en est qu’un parmi d’autres. Il faut le temps que ça se mette en place pour faire évoluer les mentalités.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a écrit un livre qui s’appelle Un merveilleux malheur. Il décrit la capacité de personnes aux parcours de vie difficiles à rebondir et à faire des choses qu’elles n’auraient peut-être jamais faites si elles n’avaient pas été confrontées à ces difficultés. Vous vous retrouvez là-dedans ?

Dans toute situation difficile, quand on est face au mur, on trouve  toujours des ressources non imaginées, non connues, qu’on va devoir utiliser pour s’en sortir. La situation du handicap répond à cette règle-là. On est confronté à un problème, et on a deux choix : soit on ne se bat pas, on abandonne et on sombre ; soit on décide de l’accepter, de se battre, et on va chercher des nouvelles ressources. Je n’ai pas lu le livre, mais le titre me convient tout à fait. Pour autant, il ne faut pas être stigmatisant vis-à-vis des gens qui ont besoin de temps – un an, cinq ans, dix ans – pour accepter leur handicap. On n’a pas tous les mêmes capacités de rebond.

Vous êtes devenue la Marianne du village de Saint-Roch, en Indre-et-Loire, grâce à une sculpture de Michel Audiard. Ça vous fait plaisir ?

Bien sûr ! C’était surprenant. Ça m’a permis de rentrer dans le monde de l’art, que je ne connaissais pas. J’ai rencontré des gens, des façons de faire. J’ai hâte qu’on la mette en place et qu’on voit le rendu. C’est un message envoyé. On espère que les gens y adhéreront.

C’est aussi un beau symbole sur le fait que le handicap est de mieux en mieux considéré en France ?

Oui, on sent qu’il y a une meilleure acceptation. On arrive à faire passer des messages. Petit à petit, on comprend que la différence nous nourrit.

Illustration : Luisa Touya (dont les dessins sont visibles ici)

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