Mountain

Par le 18 janvier, 2019

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Mountain (AUS, 2017).

Une heure et quart d’images de montagne, avec l’écrivain Robert Macfarlane au scénario, Willem Dafoe à la voix off et la musique de The Australian Chamber Orchestra (ACO) et de son chef d’orchestre Richard Tognetti.

Disons-le d’emblée : le film, condensé de deux mille heures de prises de vue collectées dans 15 pays, est visuellement splendide. « En réalisant ce film, je voulais rassembler la meilleure cinématographie de montagne disponible dans le monde, expliquait la réalisatrice Jennifer Peedom à Variety en 2017.  Donc, en plus de tourner de nouveaux plans, cela signifiait de faire appel à la bibliothèque du directeur de la photographie Renan Ozturk, et du groupe Sherpas Cinema. Ils se sont intégrés en tant que collaborateurs et producteurs exécutifs du film, nous donnant accès à des images incroyables, dont beaucoup n’avaient jamais été vues auparavant. Nous avons également recherché des séquences auprès d’autres fournisseurs pour combler les lacunes de l’histoire. Renan m’a guidé pour savoir qui faisait le meilleur travail au monde dans ce domaine. »

Musique classique

Cela donne, il est vrai, des images à couper le souffle. Comme cette séquence au début du film où l’on suit Alex Honnold au plus près de son ascension d’El Sendero Luminoso, une paroi rocheuse située au Mexique.

« Le film était à l’origine une commande de l’ACO. Le projet a été conçu pour fonctionner comme un concert live. Richard Tognetti et moi avons collaboré avec le monteur pour sélectionner des pièces qui marchaient pour les scènes que nous avions créées. D’autres fois, c’est la musique qui menait la scène et on montait autour d’elle, comme ‘L’Eté’ composé par Antonio Vivaldi. La plupart des films d’aventure n’ont pas de bandes sonores classiques. » Derrière la voix de Willem Dafoe, père Castor qui livre ses aphorismes sur la montagne – parfois pertinents, parfois poétiques, parfois franchement quelconques –, frémissent les violons de Beethoven, murmurent les pianos de Chopin et d’Arvo Pärt, s’agitent les cordes de Sculthorpe.

Désincarnation

S’il n’y a pas grand-chose à dire sur le rythme et la beauté des plans, on peut trouver à râler sur la faiblesse du propos. Car tout est résumé dans le titre, qui rassemble autant qu’il dissémine : Mountain. Montagne. Vaste horizon. Vaste champ des possibles. Elle est le personnage principal. On y parle autant de la grâce des sommets que de la folie des funambules, d’activités sportives que de magmas volcaniques. Et aucun alpiniste, aucun escaladeur, aucun cycliste n’y est jamais désigné, ni placé dans un espace précis. Ils sont désincarnés. La réalisatrice s’en justifiait : « Nous n’étions pas particulièrement intéressés par l’emplacement géographique des montagnes, mais plutôt par la manière dont les humains interagissaient avec elles. Dans certaines scènes, nous pouvons traverser trois continents, mais l’accent a toujours été mis sur la manière dont les gens réagissaient dans cet environnement. Afin de démontrer le puissant attrait des montagnes et jusqu’où vont certains pour s’opposer à elles, il était important de montrer le danger et la souffrance. » Au risque qu’ils ne nous atteignent pas.

Le documentaire ressemble parfois à une production Red Bull, ou bien à un film de Yann-Arthus Bertrand. Dans les deux cas, on est bluffé par la technique et la richesse visuelles. De ce point de vue, avec Mountain, on en a pour notre argent. Et l’on s’en contentera, car c’est peut-être tout ce qu’on demande : être éblouis par le beau.

Disponible sur Netflix et sur Youtube

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