Novak Djokovic – Service gagnant

Par le 12 octobre, 2018

Tous les vendredis, une oeuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui, Service gagnant – Une alimentation sans gluten pour une parfaite forme physique et mentale (Novak Djokovic, 2013)

Jusqu’en 2011, Novak Djokovic souffrait de maux divers et de fatigue inexpliquée. Sur les courts, il appelait souvent les médecins ; intrigués, et quelque peu agacés par ces multiples interventions, ses adversaires le prenaient pour un personnage de Molière : « Vous savez, en ce qui concerne ses maux, au fond, je pense que c’est de la blague », balançait Roger Federer en 2008. Ce qui n’empêchait pas le Serbe de remporter des titres : l’Open d’Australie (on en parlait ici) et le Masters en 2008, ainsi que cinq Masters 1000.

Et puis en 2011, dans la foulée de la Coupe Davis 2010 remportée par la Serbie contre la France (3-2), Djokovic aplatit la concurrence. Certains esprits sardoniques diront qu’il a trouvé la bonne dose dopante. Lui s’en explique dans ce livre.

« Certains chroniqueurs sportifs ont qualifié ma saison 2011 comme étant l’année la plus glorieuse jamais accomplie par un joueur de tennis professionnel. J’ai remporté dix titres, trois Grand Chelem et quarante-trois matchs consécutifs. Et la seule modification que j’aie effectuée était ma façon de manger.

La simplicité de ces changements comparée aux résultats spectaculaires obtenus m’a stupéfié au plus haut point. Pendant quelques jours, je me suis contenté d’éliminer le gluten – la protéine qui se trouve dans le blé – et j’ai senti aussitôt que mon corps s’en portait mieux. J’étais plus léger, plus vif ; mon esprit était plus clair. Au bout de deux semaines, j’ai su que ma vie avait changé. J’ai ajouté quelques légères modifications : j’ai éliminé le sucre et les laitages. Chaque matin, au moment même où je me réveillais, je pouvais affirmer que j’étais un homme différent de celui que j’avais été, et cela, peut-être même depuis mon enfance. Je sautais du lit, prêt à attaquer la journée qui s’ouvrait devant moi. J’ai compris alors que je devais partager cette expérience. »

Guerre et massacres

On n’est pas vraiment sur une œuvre de qualité Pléiade. On n’est pas non plus sur un journal intime écrit par l’auteur (comme celui de Kilian Jornet, par exemple). Sur les 200 pages, une bonne partie est consacrée à la santé et au régime alimentaire. Djokovic est beaucoup plus intéressant lorsqu’il aborde – certes très brièvement – son enfance et la guerre de Yougoslavie qui l’a accompagnée.

« J’ai observé les deux roquettes sorties du ventre du bombardier furtif passer en déchirant le ciel au-dessus de ma tête et couper net un bâtiment à quelques pâtés de maison devant moi : un hôpital. Il a explosé instantanément ; la structure horizontale du bâtiment ressemblait à un gigantesque club sandwich farci au feu.

Je me souviens de l’odeur de métal, de poussière et de sable qui planait dans l’air, et de la ville qui semblait briller tout entière comme une mandarine mûre. J’ai aperçu mes parents au loin ; ils couraient, courbés, pour se protéger. Je me suis forcé à me relever et j’ai descendu la rue comme une flèche dans la lumière dorée et rougeoyante. Nous avons atteint l’immeuble de ma tante et nous sommes barricadés dans l’abri de béton. D’autres habitants étaient déjà présents, une vingtaine de familles environ. Toutes étaient descendues avec leurs biens les plus précieux, des couvertures, de la nourriture et de l’eau, parce que personne ne savait combien de temps nous allions rester là. Des enfants pleuraient. Je n’ai pas cessé de trembler pendant toute la nuit. »

Le gluten, ça voulait dire qu’on était fou

Ce premier chapitre fait dix pages, incontestablement les meilleures du livre.

La suite n’est qu’un long – et souvent ennuyeux – plaidoyer pour le bien-manger. Ça parle un peu de tennis. Un peu de spiritualité. Et beaucoup de calme, d’équilibre de vie, de régime et d’alimentation. Et vous, vous avalez quoi le jeudi ?

En réalité, cela pourrait être un livre écrit par son médecin ou son nutritionniste. Le seul apport de Djokovic réside dans les descriptions de son état de forme avant, pendant et après un match, à l’intérêt limité. Reste les recettes, développées dans un chapitre intitulé « L’assiette du vainqueur » pour les soirées sans idées.

Mais bon, qui a envie d’une salade de soba épicée pour lire un bouquin sur Novak Djokovic ?

Edité en France en 2014 par Robert Laffont

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