Onze mètres. La solitude du tireur de penalty

Par le 21 juin, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui, Onze mètres. La solitude du tireur de pénalty (Twelve yards. The art and psychology of the perfect penalty, GB, 2014).

On découvre ce bouquin au détour d’une vente d’occasions. On en avait vaguement entendu parler sans trop s’y intéresser. On se dit que c’est un bon sujet. On est curieux. On lit la quatrième de couverture.

« Marquer un penalty ou un tir au but : rien ne devrait être plus simple. Le but est si près. Et il est si grand… Pourtant, de Cruyff à Ronaldo et Messi en passant par Platini, les plus grands joueurs ont échoué. Certaines équipes vivent l’exercice comme une malédiction.

Car au coup de sifflet de l’arbitre, lorsque la tension est à son comble, le penalty devient un duel, un drame cruel, une tragédie dont chacun, joueurs ou spectateurs, attend avec anxiété le dénouement – la joie pour les uns, les larmes pour les autres.

Ce sont ces duels que raconte Onze mètres, en s’appuyant sur les statistiques, la psychologie, la sociologie, la culture, l’histoire du football et surtout le récit passionnant, drôle ou émouvant de ceux qui, tireurs ou gardiens, eurent un jour à décider de quel côté tirer ou de quel côté plonger. »

On est attiré. On feuillette. On constate le poids : quoi ? 350 pages sur les tirs au but ? On soupçonne l’auteur d’avoir autant ratiociné et disserté que l’étudiant oisif dans sa copie du bac de philosophie. On hésite. On est vraiment curieux. On achète.

Finalement, c’est jusqu’ici la meilleure acquisition de l’année – ex aequo avec l’album des Enfoirés. Le livre surprend par sa justesse d’analyse, par ses brillantes démonstrations théoriques, par ses judicieux exemples pratiques, par l’éclectisme et le savoir des interlocuteurs interviewés, par la fluidité de son écriture. Il fait d’une épreuve footballistique relativement marginale un passionnant objet d’études. Et prouve qu’elle ne devrait jamais être traitée avec mépris et suffisance.

L’auteur, Ben Lyttleton, part d’un simple constat : l’Angleterre est nulle aux tirs aux buts. Deux tableaux à l’appui.

Plusieurs questions se posent alors :

– Pourquoi cette faiblesse ? Pourquoi de tels écarts avec les autres nations ?

– Y a-t-il des causes techniques, tactiques, psychologiques, historiques ?

– Y a-t-il des moyens de progresser dans ce domaine ? Le facteur chance est-il si élevé ?

Vous devinez facilement que le commentaire de Johan Cruyff est battu en brèche par les 350 pages du livre. Les tirs au but se préparent, les frappes adverses s’étudient, les plongeons des gardiens s’anticipent. Et si rien n’est laissé au seul hasard, les chances de succès s’accroissent. Indéniablement.

Au fil des pages, Lyttleton nous présente des chercheurs, experts, professeurs issus de différentes nationalités, qui ont travaillé sur cette matière. Loin d’être un objet d’études inédit, la séance de tirs au but apparaît donc comme un sujet bien cerné, bien analysé, mais inexplicablement ignoré par la plupart des acteurs du football. Ceux qui se sont intéressés aux moyens de progression dans la discipline jubilent, car ils leur ont fait gagner des matchs, et même des trophées. Le livre nous décrit bien des exemples : Louis Van Gaal contre le Costa Rica en 2010, Mickaël Landreau, ou encore Petr Cech et Christophe Lollichon.

Un livre à mettre entre toutes les mains. Avec ou sans gants.

 Edité par Hugo Sport.

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