La Route du Rhum 1978 : aux origines du Rhum (1/4)

Par le 29 octobre, 2018

L’Atlantique nord. « Un océan dans lequel tout marin de grand large a appris à lire », écrivait Olivier de Kersauson. Une immensité d’eau au fond de laquelle repose nombre d’entre eux. Et un terrain de jeu sur lequel démarre cette histoire.

Le Royal Western Yacht Club et le journal The Observer organisent en 1960 l’OSTAR (Observer Singlehanded Transatlantic Race), une course en solitaire reliant Plymouth (Angleterre) à Newport (Etats-Unis). « Un homme, un bateau et l’océan », vante le slogan de son créateur Blondie Hasler. Les Français toisent cette Transat avec appétit. Quatre ans plus tard, la deuxième édition voit Eric Tabarly devancer le britannique Francis Chichester, tenant du titre. Clin d’oeil historique.

Le podium de 1972 est intégralement tricolore : Alain Colas remporte la course devant Jean-Yves Terlain et Jean-Marie Vidal. Au fil des années, la taille des bateaux s’allonge et le nombre de participants grossit : de cinq en 1960, ils passent à quinze en 1964, 35 en 1968, 55 en 1972. Et 125 en 1976. Colas prend le départ de cette cinquième édition avec un Club Méditerranée aux allures de machine de guerre. Son monocoque long de 72m est le plus grand bateau jamais construit au monde pour un seul homme.

Le 25 juillet 1976, Eric Tabarly franchit en tête la ligne d’arrivée pour la deuxième fois, sur son Pen Duick VI de 22,50m bâti pour un équipage d’une quinzaine de marins. Une performance de taille, considérant la météo exécrable – cinq dépressions très creuses se sont abattus sur la flotte – et les multiples abandons – treize, ainsi que deux disparitions en mer. Alain Colas arrive en deuxième position, mais une décision du jury lui impose une pénalité de 58 heures. Il se classe finalement cinquième.

La Transat a rendu son verdict. Ses organisateurs vont rendre le leur quelques mois plus tard : la taille des bateaux sera désormais limitée à 17,06m, et seulement 14m de longueur à la flottaison, tandis que le nombre de participants ne devra pas excéder la centaine. Halte à la démesure dans l’Atlantique nord.

Une Route du Rhum de France à France

« Je relève le gant. » Michel Étevenon, 56 ans, décide alors d’organiser sa propre course. Ce publicitaire et armateur des bateaux Kriter, ex-vendeur de chiens, ex-responsable du grand huit à la Foire du trône, ex-acteur dans la compagnie de Charles Dullin avec sa sœur Micheline Dax, ex-beaucoup d’autres choses, a assisté au naufrage de Kriter III barré par Jean-Yves Terlain, au cours de la Transat anglaise 1976. Il estime que les sponsors, le public, les marins sont prêts pour une course au large française en solitaire.

Baptisé « Monsieur l’armateur » pour avoir aidé moult navigateurs, il sera désormais « Monsieur l’organisateur ».

A l’instar de la Transat anglaise, les conditions de vent doivent varier sur le parcours. Les Antilles s’imposent rapidement comme ligne d’arrivée. Outre que la course démarre et se termine ainsi dans un port français, l’itinéraire envoie les participants affronter les dépressions atlantiques, savourer les alizés puis se faire caresser par la chaude atmosphère antillaise.

Fort-de-France est sondée, mais les responsables locaux ne se manifestent pas. Pointe-à-Pitre nourrit en revanche un grand intérêt pour cette nouvelle épreuve. Les élus îliens y voient l’occasion de rappeler l’existence de la canne à sucre et du rhum guadeloupéens à la métropole.

Pour accueillir le départ, Saint-Malo dispose des infrastructures et des atouts nécessaires. Ses bassins, ses remparts, sa baie en font un site d’exception. Les débats ne s’éternisent pas, la cité des corsaires a toutes les faveurs.

« le 10 février 1977, la Route du Rhum est créée »

Ce sera donc Saint-Malo-Pointe-à-Pitre. La ligne de départ sera mouillée au niveau de la pointe du Grouin pour permettre aux spectateurs de saluer la flotte. Les bateaux passeront une bouée mouillée devant le cap Fréhel avant de rejoindre le large. A l’arrivée en Guadeloupe, les marins devront faire le tour de l’île avant de franchir la ligne d’arrivée.

Il ne manque plus qu’un partenaire média à la hauteur de l’événement tel que le conçoit Étevenon. « Foncez mon vieux », lui lance Jacques Goddet, grand manitou du journal L’Equipe.

Le 10 février 1977, la Route du Rhum est créée ; le 25 mai, le règlement est présenté à la presse : course ouverte à toutes les innovations, sans limite de taille. Toutes les dispositions sont prises pour mettre les organisateurs à l’abri de poursuites judiciaires. Le monde de la voile est encore sous le choc du drame de l’Airel, survenu au cours de la Semaine Internationale de Marseille dans la nuit du 10 au 11 avril 1977 : six navigateurs sont portés disparus, le corps du septième est retrouvé au sud du Cap Corse un mois plus tard. Pour la première fois, cinq commissaires de course sont inculpés pour non-assistance à personne en danger de mort.

En novembre 1978, l’Atlantique nord sera donc le lieu d’une deuxième transat en solitaire et sans escale. De celle-ci, Chay Blyth sera le seul Britannique au départ.

(A suivre dans la deuxième partie)

Illustration : Luisa Touya

Photographie : DR

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