Squash

Par le 14 décembre, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Squash (FR, 2002).

Un premier homme frappe à la porte vitrée du court de squash, il s’excuse car il est en retard. Il veut aller se changer. Non, change-toi ici, insiste le deuxième homme qui s’avère être son patron. Il s’exécute et ferme la porte derrière lui.

Le supérieur hiérarchique commence à chatouiller l’ego de son employé, à le provoquer. Celui-ci reste calme, répond aimablement, et finit par perdre ses nerfs. Un duel va opposer les deux hommes : sportif, d’abord, pour savoir qui a le meilleur niveau de squash ; humain, ensuite, pour savoir qui est le plus habile pour déstabiliser l’autre.

Squash est un court-métrage d’une petite trentaine de minutes, produit au début des années 2000 et réalisé par Lionel Bailliu. Il a été sélectionné au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand 2002, où il a reçu le prix du public et celui de l’interprétation masculine pour les deux acteurs, Eric Savin (Charles, le patron) et Malcom Conrath (Alexandre, l’employé).

Il a par la suite été sélectionné parmi les cinq prétendants à l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 2004. La statuette ne lui est pas revenue mais c’est en soi une performance pleine de promesses.

Lionel Bailliu a donc profité de ces louanges (méritées) pour lancer la production d’un film basé sur ce travail, intitulé Fair Play et sorti en 2006. Le pitch est similaire, la scène de squash est reproduite avec Jérémie Rénier à la place de Malcom Conrath, et il y a du beau monde au casting. Mais ne l’ayant pas vu, je me garderai bien de vous en faire une critique.

Beauté du huis-clos

Revenons-en donc à ce court-métrage dont l’idée est toute simple : deux joueurs, un court de squash, un match. L’employé vient de rater un gros contrat, le patron va profiter de ce face-à-face pour le harceler moralement. Et cela commence dès les premières secondes lorsque Charles demande instamment à Alexandre de se changer sur le court, puis lorsqu’il fait une « blague » sur une possible relation sexuelle entre Alexandre et une employée.

Le patron le réprimande, accentue ses critiques à l’égard de son subordonné, et met en balance la place de celui-ci au sein de l’entreprise : une victoire contre lui ou la sortie. Alexandre va trouver des ressources – et pas seulement physiques.

La partie de squash n’est qu’une métaphore (parfois peu subtile) des rapports de domination au sein des entreprises, et la tension crescendo est plutôt bien représentée. On se demande finalement si un traître mot de ce qui est prononcé par les deux hommes est vrai. Charles pense-t-il qu’Alexandre couche avec Nicole ? Envisage-t-il vraiment de le licencier ? A-t-il jamais eu de la bombe froide dans son sac ? A-t-il redonné le dossier-clé à Jean-Claude ? Alexandre a-t-il filmé les ébats de son patron avec sa femme ? Simule-t-il une blessure à la cheville pour surprendre Charles ? Tout cela vire à la comédie de dupes, dont la conclusion du film n’est peut-être que le commencement.

Disponible sur Vimeo (voir plus haut)

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