Cyclisme

The Program

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : The Program (GB/FR, 2015).

Le film raconte la carrière de Lance Armstrong sous le prisme du dopage, ses relations avec le docteur Ferrari, son coéquipier Floyd Landis ainsi que le journaliste David Walsh.

Les événements s’enchaînent très vite, puisque le film évoque les débuts de la carrière d’Armstrong dans les années 90, son cancer des testicules, la création de sa fondation Livestrong au profit des malades du cancer, ses sept Tours de France, sa retraite, puis son retour à la fin des années 2000. Il y a de la matière, et le réalisateur Stephen Frears ne s’éternise sur aucun de ces faits. Il n’a pas le temps. Le fil rouge, c’est le dopage : pourquoi Armstrong a commencé, avec qui, dans quelles conditions a-t-il gagné sept fois le Tour, quelles relations entretenaient-ils avec Michele Ferrari (joué par Guillaume Canet), avec ses équipiers, avec les journalistes qui enquêtaient sur lui, etc.

De son propre aveu, Frears ne connaissait rien au cyclisme ni à Lance Armstrong avant de se lancer dans la fabrication du film. Tout était histoire « d’ambition et de désir de gagner ». Il base son récit sur le livre de David Walsh, Seven Deadly Sins : My Pursuit of Lance Armstrong. C’est donc une adaptation très elliptique, qui fait fi de plusieurs personnages-clés et de nombreux faits – telle la révélation en 2005 par L’Equipe de la prise d’EPO par Armstrong lors du Tour de France 1999. En revanche, sa brouille avec le coureur Filippo Simeoni est (brièvement) restituée : au cours d’une étape du Tour, il va chercher le coureur italien – qui a témoigné contre Ferrari lors d’un procès – dans une échappée et lui demande de revenir dans le peloton. Par pur esprit de vengeance à l’égard de son ami médecin.

L’acteur qui incarne Lance Armstrong s’appelle Ben Foster. Réputé pour s’immerger à fond dans ses personnages, il a passé du temps sur la tournée USA Pro Challenge dans le Colorado et suivi un régime d’entraînement intensif. Et puis il a pris des produits, comme il l’expliquait au Guardian à la sortie du film :

« Je ne veux pas parler du nom des drogues que j’ai prises. Même en discuter, c’est difficile, car ce n’est pas quelque chose que je recommanderais à d’autres acteurs. Ce sont des produits chimiques très graves qui affectent votre corps de manière réelle. Et ils fonctionnent. J’ai perdu la tête. Il y a des conséquences. Le dopage affecte votre esprit. Cela ne vous fait pas planer. Lorsque vous prenez ces produits, il y a des comportements qui vous servent sur le vélo, mais quand vous n’êtes pas dessus… Je ne sais pas comment séparer l’influence chimique de l’attachement psychologique que j’avais au personnage. »

Frears intègre dans son film de vraies images de Lance Armstrong gagnant des étapes du Tour ou recevant la peluche sur les Champs-Elysées, sans doute pour apporter un vernis de véracité à l’ensemble. Il n’en a pourtant pas besoin. Ses quelques séquences de course, bien que très courtes, sont plutôt réussies. Ce qui pêche, c’est qu’on a du mal à savoir ce qu’il veut nous dire. Il se concentre un peu trop sur le large programme de dopage destiné à vaincre ses adversaires, et pas assez sur les contradictions béantes du personnage. Au cours d’une jolie scène, l’Américain dédicace son livre à une femme qui le félicite et le remercie pour lui avoir montré la voie de la guérison. Son visage trahit un doute, entre l’homme qu’il prétend être – un coureur propre qui gagne contre le cancer – et celui qu’il est vraiment – un équipier en quête de gloire qui écrase ses équipiers et ses adversaires. Frears n’exploite pas assez la personnalité d’Armstrong et reste un peu à la surface. 

Disponible sur Netflix et en DVD et Blu-Ray chez StudioCanal.