The set-up

Par le 23 février, 2018

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : The set-up (je vous passe volontairement le titre français, c’est une aberration).

Le combat

Robert Ryan v. Hal Baylor

Managers : George Tobias, Edwin Max, Percy Helton

Autour du ring : Audrey Totter, Alan Baxter

Organisateurs de la réunion : Robert Wise, Art Cohn et Joseph Moncure March

C’est quoi, l’histoire ?

Un boxeur en fin de carrière, Bill « Stoker » Thompson, doit combattre le jeune loup Tiger Nelson. Sa femme, Julie, lui déconseille de monter sur le ring, eu égard à son âge et à son état physique.

Stoker ne l’entend évidemment pas de cette oreille. Il est convaincu de son succès sur le « gosse ».

Le match a en outre été vendu par son manager : il doit se coucher au troisième round pour empocher un billet. Une combine dont il ne sait rien.

C’est qui, les acteurs ? Les actrices ?

Impeccable Robert Ryan (boxeur lui-même lorsqu’il était étudiant), qui joue un Stoker tiraillé entre la plume et l’acier : un personnage élancé, presque escogriffe, déterminé à l’extérieur mais onctueux comme du lait de coco à l’intérieur. Il tranche avec celui de sa femme Julie, émotive et fidèle, tenace et résiliente. Audrey Totter n’en est pas moins remarquable.

A l’époque du film (1949), les carrières des deux comédiens n’en sont pas au même point : celle de Totter frôle l’apogée – après La dame du lac et Le crime était presque parfait (de Hitchcock) –, tandis que celle de Ryan culmine plutôt dans les années 60, avec Les douze salopards puis La horde sauvage, entre autres. Totter prend sa retraite en 1987, à 70 ans, et refuse le rôle de la vieille Rose dans Titanic – parmi d’autres, car on retient surtout celui-ci pour son succès postérieur.

Sinon, des seconds rôles tout à fait honorables, comme celui de Percy Helton (Red, l’entraîneur de Stoker), visage rond, regard jovial, mastiquant sans arrêt son tabac sur le bord du ring.

C’est qui, derrière la caméra ?

Robert Wise, ce caméléon hollywoodien capable de s’attaquer à différents genres avec brio : la guerre avec La canonnière du Yang-Tse, la science-fiction avec Le jour où la Terre s’arrêta, puis Star Trek, la comédie musicale avec West Side Story, puis La mélodie du bonheur, le western avec La loi de la prairie, l’épouvante avec La maison du diable, le policier avec La ville captive, etc. Et donc le film de sport. N’en jetez plus, la coupe déborde.

Le scénariste Art Cohn signe là son premier script pour le cinéma. Il collabore par la suite avec Roberto Rosselini, Raoul Walsh, Anthony Mann, malheureusement jamais pour des chefs-d’œuvre intemporels. Notons que le personnage principal de Tennessee Champ, un film de Fred Wilcox pour lequel il écrit le scénario, est un boxeur. On ne se refait pas.

Pour écrire The set-up, Art Cohn s’inspire du poème du même nom écrit par Joseph Moncure March en 1928. Long d’environ 15000 mots, cette œuvre ne brosse pas le portrait d’un boxeur blanc marié nommé Bill Thompson qui va bientôt lâcher les gants, mais d’un boxeur noir bigame nommé Pansy Jones qui vient de sortir de prison. Le scénario est modifié car la RKO, le studio producteur du film, n’a pas de star afro-américaine sous contrat. Il y a bien James Edwards, qui joue dans le film un boxeur nerveux (le torse nu à droite, sur la photo ci-dessous), mais il n’est pas assez populaire. Et pas assez blanc, sans doute.

Et ça frappe ?

Le film se déroule en temps réel, c’est-à-dire que sa durée est égale à celle montrée à l’écran – environ 75 minutes. Le combat de boxe est donc retranscrit dans son intégralité. Autant dire qu’on voit du sport. Quatre rounds de quatre minutes durant lesquels ça cogne sec.

Wise filme le duel en alternant avec les réactions amusées, stupéfaites, surprises ou nerveuses des spectateurs qui le vivent et vibrent à mesure qu’il monte en tension. Les scènes de combat sont d’autant plus fortes que l’énergie du public semble gagner les boxeurs, galvanisés par l’enjeu et le climat régnant.

Et ce qui ajoute à la vitalité de ces scènes, c’est de savoir Stoker totalement ignorant de la magouille entourant son propre combat.

Un plan à retenir ?

En bref, c’est quoi ton avis ?

Le film n’est pas étranger à l’envie de Martin Scorsese de réaliser Raging Bull. Peut-on être en désaccord avec lui ?

Outre le combat, plusieurs éléments retiennent l’attention : l’attitude de July sur le seuil de la salle de boxe, paralysée par les cris des spectateurs, poussières d’émotions qu’elle avait tenté de cacher sous le tapis ; les échanges de regards et de paroles dans le vestiaire entre les boxeurs de la réunion, un cocktail d’arrogance affichée et d’humilité sous-jacente ; les quelques secondes durant lesquelles Stoker se retrouve dans la salle vide, après son combat.

En bref, un film tout à fait formidable. L’adrénaline sécrétée pendant le combat vous réchauffera, et c’est tout à fait recommandé en ces jours un peu frisquets.

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