Welcome

Par le 11 janvier, 2019

Tous les vendredis, une œuvre causant de sport décryptée par nos soins. Aujourd’hui : Welcome (FR, 2009).

Bilal est un Kurde de 17 ans ayant parcouru plus de 3000km à pied et sous les camions pour rejoindre sa petite amie vivant en Angleterre. Il ne lui reste plus que la Manche à traverser. Il atterrit dans la mal nommée « jungle de Calais » mais tente rapidement de fuir la France avec d’autres réfugiés dans un camion. La tentative échoue.

Il se met alors en tête de rejoindre les côtes anglaises à la nage, trouvant dans Simon un appui inespéré. En proie à des problèmes personnels (le divorce d’avec sa femme en premier lieu), ce maître-nageur à la piscine municipale va lui apprendre le crawl, et bien plus…

Welcome n’est pas un film sur la natation, ce n’est pas son thème central. Il est d’abord et avant tout question d’immigration, de réfugiés, d’hommes et de femmes fuyant leurs pays en guerre avant de se faire numéroter sur les mains dans un centre de rétention français. La réalité crève les yeux, Philippe Lioret l’a vue et il a voulu la montrer telle quelle : « Ce que j’ai vu là-bas, c’est un peu notre frontière mexicaine à nous. Bilal est un composite entre un garçon que j’ai rencontré qui n’avait de cesse de partir en Angleterre pour retrouver sa copine, et l’histoire racontée par une bénévole de plusieurs jeunes garçons qui, en désespoir de cause, ont voulu traverser la Manche à la nage, et dont un n’a plus jamais donné de nouvelles et dont ils pensent qu’il n’est jamais arrivé. Les autres d’ailleurs ne sont jamais arrivés non plus, car les courants les ont ramenés en France, et même un en Belgique. Mais rien n’est inventé : les numéros que les flics écrivent au marqueur indélébile sur le dos de la main des migrants pour les retrouver à la prochaine rafle… Ça fait penser à un tatouage concentrationnaire. »*

La natation importe tant au sein du film qu’il m’est apparu important d’en parler ici. Car c’est la discipline dans lequel excelle Simon (ex-champion de France du 400m) qui va le motiver à jouer sa part. Le défi qu’il se lance est autant sportif qu’humain. Traverser la Manche à la nage est très compliqué, il ne cesse de le répéter à Bilal (au centre sur la photo ci-dessus). Pourtant, il va se lier d’amitié avec lui et le pousser à essayer. Le gamin de 17 ans veut jouer dans le club de football de Manchester United, on l’appelait Bazda, « coureur », en Irak. Il a les capacités physiques pour le faire, et beaucoup de cran. Simon voit d’abord en lui l’occasion de se racheter auprès de sa femme (bénévole dans une association qui vient en aide aux migrants, et dont il divorce au cours du film), mais poursuit sa mission pour des raisons qui dépassent sa quête de rachat.

Après plus de 3000km parcourus, cette trentaine de kilomètres de mer apparaît comme le dernier obstacle au bonheur de Bilal. Philippe Lioret fait de cette étendue un mur d’eau infranchissable, plus ou moins 10 heures de nage à plus ou moins 10 degrés. On n’aperçoit les côtes anglaises qu’à l’horizon ; elles sont presqu’un mirage. Bilal multiplie les longueurs de piscine, mais rien n’est comparable à l’âpreté et à la violence de la nature. En-deçà de la perspective humaine, matériau principal de ce film très réussi, se joue aussi une petite histoire de sport et de défi lancé à soi-même.

Edité en DVD et Blu-Ray par  W.H.V.

*Propos extraits d’une interview du réalisateur accordée à Radio Praha

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